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La perte de poids chez les usagers accueillis en psychiatrie, les preuves sont là !

22/03/2013

Un essai randomisé contrôlé vient d’être publié dans la prestigieuse revue New England Journal Medicine concernant la perte de poids chez des adultes touchés par un trouble mental sévère (schizophrénie, bipolaire, épisode dépressif majeur) (Daumit et al. 2013).

Cet étude explore l’efficacité d’un programme nommé « Achieving Healthy Lifestyles in Psychiatric Re-habilitation Mental Health and Obesity(ACHIEVE) » au sein de centre de réadaptation qui accueille des usagers en prise en charge de jour. Le programme ACHIEVE vise le changement d’habitude de vie, c’est à dire que les auteurs souhaitent aider les usagers à changer leurs comportements alimentaires et leurs habitude en terme d’activité physique. C’est l’intérêt marquant de ce type de programme car on dépasse le simple programme de ré-entrainement à l’effort très structuré qui obtient des bons résultats en fin de programme sans que ceux-ci soient pérennes dans le temps.

Critères PICO de l’article

Patients inclus (n = 144): sujet adulte en surpoids ou obèse, suivi par un centre de réadaptation du Maryland, touché par un trouble mental.
Patients non inclus (n = 147): sujets dépendant à une substance, incapable de marcher ou ayant fait un arrêt cardiaque dans les 6 derniers mois. (pour l’ensemble de l’échantillon Moyenne Age = 44, Moyenne Poids = 102kg)

Intervention décrite ci dessous. Important de souligner l’approche « équilibre alimentaire seule et en groupe » + un programme d’activité physique où la difficulté est incrémentée (intensité-durée). Une attention particulilère était apporté aux techniques et conseils visant le changement de comportement et l’augmentation de l’efficacité personnelle.

Daumit NEJM 2013

Comparaison: les sujets du groupe contrôle recevaient une information santé à l’inclusion (pas d’intervention alternative)

Outcomes (Résultats), à 6 et 12 mois la différence était de -1,5kg  (95% CI, −2.6 to −0.4; P = 0.007) , −2.5 kg (95% CI, −4.1 to −0.8; P = 0.004) et de -3.2 kg (95% CI, −5.1 to −1.2; P = 0.002) à 18 mois. Le pourcentage de participants ayant perdus 5% de leur poids initial était respectivement de 37.8% et de 22,7% pour le groupe ACHIEVE et contrôle.
De plus, l’adhésion au programme est bonne et parmi les séances l’adhésion au programme d’activité physique explique le mieux la perte de poids. Il est important de souligner que peu d’études avec d’autres types de patients (diabétiques par ex) réussissent à obtenir une diminution  de poids après 6 mois.

REMARQUES Le document en annexe de l’article est exceptionnel et démontre le sérieux de l’étude et des variables confondantes contrôlées. Cette étude est un exemple du genre qui pourraient être reproduite en Europe ou chez des populations touchées par des troubles métaboliques importants comme les adultes déficients intellectuels.

Les échanges avec les professionnels en Activités Physiques Adaptées (APA) ou les professionnels de la psychiatrie terminent souvent par souligner un écart important entre le « terrain » et la recherche. Cet article est une parfaite illustration qu’une modification de l’organisation des structures existantes peut entraîner des bénéfices important en terme de santé. En France, l’embauche d’enseignants en APA au sein des hôpitaux de jour est une solution pour améliorer la santé somatique des patients accueillis en psychiatrie, et cela en prenant compte de la sectorisation et de l’organisation de la psychiatrie. Mais quels psychiatres se soucient de la santé somatique de leurs patients, les mots prévention secondaire ou tertiaire ont-ils un écho dans les équipes de psychiatrie ? Le conseil ou la prescription de statines ou (dans le meilleur des cas) un atelier cuisine où l’on prépare des repas (ou des gâteaux) n’est pas suffisant ! A quand un réel développement de la prévention par l’activité physique pour des patients schizophrènes, bipolaires… ?

Cet article fait échos au programme Bien-Etre du CHU de Québec qui veut: Améliorer la santé globale (physique et mentale), la qualité de vie et l’adhésion au traitement des personnes aux prises avec un problème de santé mentale via une approche holistique de groupe; Favoriser «l’empowerment» (l’appropriation du pouvoir) et contribuer au rétablissement des clientèles psychiatriques à l’aide d’outils intégrés et novateurs permettant d’adopter de meilleures habitudes de vie; et Offrir des services et interventions interdisciplinaires gratuitement à ces clientèles, souvent à faible revenu, grâce à un partenariat avec les organismes de santé des réseaux public, communautaire et privé. Ce programme montre aussi des effets sur la perte de poids.

Programme Bien Etre Bien Etre 2

Daumit et al al. (2013)A Behavioral Weight-Loss Intervention in Persons with Serious Mental Illness. New England Journal of Medicine

6 commentaires leave one →
  1. Axel permalink
    22/03/2013 1:02

    Génial !

    Cependant, si ce type d’études entre bien dans une problématique de santé – et il est important de s’en préoccuper (de la santé physique) – a-t-on des résultats concrets sur l’amélioration de la santé mentale (évaluation : bien-être, symptômes, stabilisation…) à la suite de programmes d’activités physiques adaptées ?
    …puisque la santé mentale (même avec une vision holistique de la personne – lien santé physique/santé mentale) reste quand même le problème n°1 chez des personnes en psychiatrie.

    Y a-t-il une revue de littérature disponible en ligne, sur des revues spécialisées, livres. Il me semble que les études sérieuses sont encore peu nombreuses à ce sujet.

    Je recherche notamment des études sur l’apport des disciplines orientales telles que le Taï Chi ou le Chi Kung (en gardant l’approche originelle de ces discilpines et ne les réduisant pas à une « simple » gymnastique)…Ou encore sur la relaxation progressive de Jacobson, les liens entre relâchement musculaire et « détente mentale » (bien-être)…

    • 22/03/2013 1:53

      Merci pour le commentaire. En effet, il ne faut pas perdre de vue les effets de l’activité physique sur la santé mentale des sujets schizophrènes par exemple.. Vous trouverez une revue de littérature que j’ai rédigé en français à ce sujet : https://www.researchgate.net/profile/Paquito_Bernard/?ev=hdr_xprf.
      Pour le Taichi, je ne sonnais pas d’études, en revanche il existe une revue de littérature en anglais sur le yoga, que je peux vous envoyer si vous le souhaitez.

      • 14/04/2013 5:26

        Ci dessous 2 références anglophones à propos du Yoga pour les patients touchés par la schizophrénie.
        Vancampfort 2012 Yoga in schizophrenia: a systematic review of randomised controlled trials
        http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1600-0447.2012.01865.x/abstract;jsessionid=8B4A53FF0F2481E58DCF14A924732F20.d04t03
        Cramer 2013 Yoga for schizophrenia: a systematic review and meta-analysis
        Accès libre
        http://www.biomedcentral.com/1471-244X/13/32

  2. Antoine TEXIER permalink
    22/03/2013 12:37

    Très intéressant, en espérant que cela fera écho auprès des Psychiatres français!

    • 22/03/2013 1:54

      Attention, les EAPA se doivent de faire connaître leurs compétences auprès des psychiatres (présentation, écrits, congrès) afin de faire avancer les APA en psychiatrie et ne as rester dans une position trop attentiste.

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  1. Le blog ActiPhysect fête ses 4 ans d’existence ! | Activités physiques (adaptées)...

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