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Le vidal du sport est-il dangereux pour les patients et les médecins généralistes ?

04/12/2018

Voici ce que l’on peut lire sur le site du VIDAL : « Le 3 décembre 2018, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) a présenté la 3e et nouvelle édition du MédicoSport-Santé (MSS), son dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives enrichi de nouvelles disciplines et de nouveaux contenus synthétiques, et concernant un champ élargi de pathologies. »vidal

« Le MÉDICOSPORT-SANTÉ© est un dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives. Validé par la commission médicale du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) en coopération étroite avec la Société Française de Médecine de l’Exercice et du Sport (SFMES), il recense les caractéristiques physiques, physiologiques et mentales de chaque discipline ainsi que les conditions de pratique dans le cadre du sport-santé. Il vise à aider les médecins généralistes à la prescription d’activités physiques et sportives. Chaque protocole fédéral présenté dans le MÉDICOSPORT-SANTÉ a été validé par le comité médicosport-santé du CNOSF composé d’experts médicaux, kinésithérapeutes et en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). »

L’usage répété du mot VALIDÉ apparaît très intéressant. Qu’est-ce que la validation d’une pratique sportive pour un trouble ou un symptôme spécifique ? On laissera le lecteur ou le médecin apprécier. Si ce n’était pas dangereux, nous pourrions en rire, mais comment laisser les fédérations sportives donner des périmètres médicaux et des (contre) recommandations pour certaines pathologies. Le processus de création de ces fiches est totalement opaque. Celles-ci sont crées par des médecins en partie liés aux fédérations et des membres de chaque fédération impliquée. Que dirions-nous si les traitements pharmacologiques inscrits et recommandés dans l’autre VIDAL seraient uniquement de la responsabilité des laboratoires pharmacologiques ?

Examinons le premier, l’aviron. Les « bénéfices potentiels » semblent vraiment importants pour de nombreuses composantes de la santé. Examinons, maintenant les bases scientifiques fournies de ces recommandations. Deux thèses de médecine inaccessibles et un protocole qui ne l’est pas, lui non plus. Le titre d’une des thèses nous apprend au passage que 18 participants touchés par un cancer semblent avoir été inclus pour un programme de rameur. Un étudiant en Licence n’oserait même pas rédiger un document de ce type.

Si vous continuez l’exploration, vous trouverez des disciplines qui n’ont même pas fait l’effort de proposer un document référence. Le char à voile ? Ils ont un protocole d’accueil des seniors (ouf, nous sommes rassurés). L’exploration de ce document en ligne est incroyable, on y découvre les bénéfices du curling ou du bobsleigh par exemple. Ce document fait aussi l’objet de critiques à propos des fausse-informations diffusées (merci AMF), ainsi on apprend par exemple que le rugby réduit le risque de récidive du cancer. Le Kayak a bien tenté de justifier ses bénéfices avec une longue liste de références (empruntée elle au bateau dragon), qu’on se rassure, le kayak diminue lui aussi la récidive de cancer (double ouf). Les experts du football sport-santé soulignent qu’il prévient les troubles du sommeil et réduit le stress et l’anxiété. C’est étrange, cela ne correspond pas au dernier article que j’ai lu sur le sujet (Friedrich & Mason, 2017).

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Ces quelques exemples soulignent que la valeur scientifique de ce VIDAL du Sport Santé est très discutable, réalisée dans un entre soi médecins du sport, fédérations sportives et quelques universitaires (5 de STAPS). Toutes ces activités sportives ne sont peut-être pas à jeter mais est-il possible de produire un document basé sur des faits scientifiques solides qui ne mettent pas les personnes qui ont besoin d’activité physique en danger. Mettre en avant certaines pratiques sportives pourrait être dangereux, diffuser de fausses informations l’est tout autant. Pour de nombreuses pratiques, les arguments sont faibles ou absents ou reposent sur des « protocoles » en cours. Poursuivons la comparaison, accepteriez-vous que l’on prescrive à une de vos proches un médicament testé chez 18 personnes ou que le médecin vous disent explicitement « cela devrait fonctionner, il y a un protocole en cours ».

Pour terminer : Les documents généraux mis à disposition du lecteur sont de qualité scientifique très inégale, allant de simples idées ou injonctions à un « réagencement de textes » préalablement publiés. La vision très médicale défendu par ces textes est incroyable, elle fait fi de connaissances multidisciplinaires sur la question de la promotion de l’activité physique chez des personnes en santé ou avec des besoins spécifiques.

Ce même article rappelle le « guide » de la HAS à propos de la Promotion, consultation et prescription médicale d’activité physique et sportive pour la santé chez les adultes, qui facilite la prescription. À noter au passage, que certains outils cliniques présentés en annexes sont discutables, voir non-valides. A titre d’exemple, on y présente que questionnaire de Marshall afin de repérer les patients inactifs. Ci-dessous, deux images représentant les deux outils l’un dans le guide de la HAS, l’autre dans l’article original.

La citation de Thoreau en exergue de ce blogue, n’a jamais été aussi utile ——- »»»»»»

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Friedrich, B., & Mason, O. J. (2017). “What is the score?” A review of football-based public mental health interventions. Journal of Public Mental Health, 16(4), 144–158. https://doi.org/10.1108/JPMH-03-2017-0011

 

2 commentaires leave one →
  1. Coach-Sportif Chambéry Michaël permalink
    04/12/2018 11:09

    L’activité physique est effectivement un super médicament… mais merci de remettre en cause cet ouvrage qui même s’il permet de faire parler de l’APA ne lui fait, a mon sens, pas de bien !!
    Les diplômes des différentes fédérations ne permettent pas a mon sens d’accueillir des personnes malades… n’essayons pas svp d’avoir des licenciés (et donc des subvenbtions) a tout prix et en le justifiant vouloir agir sur la santé… d’autant que l’on risque de dégouter et blesser ces personnes…
    Les APA ne sont pas non plus des « opérateurs » chargés de respecter un protocole… les malades sont avant tout des personnes avec des envies, une histoire, … et en tant qu’enseignant APA je pense que toute activité peut être pratiquée par toutes les personnes si elle est correctement adaptée ! Alors autant choisir cette activité avec la personne plutôt que de lui imposer 😉

    Vivement que nous APA, sachions mieux nous défendre vis a vis des fédérations, du monde sportif et du monde médical !

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  1. Le football (soccer) est-il associé à une meilleure santé mentale chez les joueurs, les arbitres et les supporters ? | Activités physiques (adaptées)...

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