Mr J, 32 ans, dépressif (partie 1)
Un récent article de la revue JAMA de Whooley en 2012 décrit Mr J, touché par des troubles dépressifs et des co-morbidités somatiques. Cet article est une illustration intéressante des complémentarités de différentes thérapies sur la dépression et de la vision de l’activité physique d’un point de vue médical. La partie 1 de l’article est la présentation de Mr J.
Mr J a 52 ans, il décrit la présence de plusieurs symptômes dépressifs depuis plusieurs mois : tristesse, anhédonie, difficulté à dormir et pensées suicidaires. On lui a diagnostiqué une dépression durant le lycée et il a reçu un traitement pharmacologique et un accompagnement psychologique par intermittence durant sa vie. Il a ressentit une amélioration de la part des deux traitements mais les symptômes ne réellement jamais disparus.
Actuellement, il n’est pas suivi par un professionnel de la psychiatrie. Mr J ne déclare aucune tentative de suicide passée et une hospitalisation pour cela. Il décrit que sa dépression a eu un impact sur son travail et a freiné sa carrière.
Sa famille vit non loin de lui mais il a peu d’amis et reste isolé socialement. Il n’a pas eu de relations amoureuses depuis longtemps. Il n’y a pas d’antécédent d’épisode dépressif majeur ou d’autres troubles psychiatriques important dans sa famille.
Mr J travaille comme chauffeur. Il vit seul. Il ne fume pas de cigarette et n’a pas d’antécédent d’abus de substance. Il ne boit pas de manière fréquente.
En termes d’antécédents médicaux, il a une tension élevée, des reflux gastro-oesophagiens, une lombalgie chronique, de l’apnée du sommeil (traitée par machine), une hyperlipidémie et est obèse. Il ne décrit pas d’autres problèmes de santé. En termes de traitements médicamenteux, il prend actuellement de l’esomeprazole, de l’ibuprofen, de l’huile de poisson, du pravastin et du sucralfate. Il n’a d’allergie médicamenteuse connue.
Mr J parait bien, alerte, et orienté, son examen physique est normal. Il est capable d’engager une conversation. Il n’y a pas de preuve de trouble de la pensée ou de troubles cognitifs. Il ne décrit pas d’idées suicidaires. Ses jugements apparaissent intactes. Il a consciences de son diagnostique et est intéressé pour améliorer son état mais il se sent embarassé et frustré. Les analyses de laboratoires ne montrent pas d’anomalies métaboliques ou d’hypotyroidie.
Whooley. MA. Diagnosis and Treatment of Depression in Adults With Comorbid Medical ConditionsA 52-Year-Old Man With Depression. JAMA. 2012;307(17):1848-1857. doi:10.1001/jama.2012.3466
J’ai découvert cette revue grâce à leur dernier numéro de Mars 2012 centré sur le reconditionnement à l’effort. Cette revue francophone pourra informer les Enseignants en activités physique adaptées, les aider dans leur pratiques cliniques et mieux comprendre le travail de collègues ergothérapeutes, kinésithérapeutes, médecin MPR, psychologues….
Ci dessous, quelques articles clés de la Lettre de Médecine Physique et de Réadaptation. A quand un article présentant l’intéret des activités physiques adaptées en Médecine Physique et de Réadaptation ?
Reconditionnement à l’effort au cours des maladies cardiovasculaires: introduction générale (J. -M. Casillas)
Réentraînement à l’effort et lombalgie chronique (J. -L. Barnay, M. Lhote, F. Acher, C. Marillier and G. Sendra, et al.)
Exercice physique et insuffisance cardiaque (M. Labrunee, J. Satge, A. Aillaud, M. Galinier and J. -P. Bibe, et al.)
Quelle éducation thérapeutique du patient avant prothèse totale de genou ? (E. Coudeyre, B. Eschalier and M. -M. Lefevre-Colau)
Les troubles du comportement des patients cérébrolésés. Approche psychiatrique et psychopathologique (H. Oppenheim-Gluckman)
La marche: nouvelles approches thérapeutiques et dispositifs de rééducation innovants (J. Paysant, J. -M. Beis, C. Beyaert and J. -M. André)
Intérêts et limites de la posturographie pour l’évaluation des troubles de l’équilibre (P. Thoumie)
L’objectif de l’étude québecquoise de Verret et al. (2012) était d’explorer les effets d’un programme d’AP d’intensité modérée à élevé chez des enfants présentant un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TADH) sur la condition physique, les fonctions cognitives et leur comportement.
21 enfants ont été recrutés (10 enfants dans le groupe AP) d’âge moyen de 9.1 ans. Le diagnostique était établit à partir de DSM IV-R (voir les critères précis au bas de l’article).
Programme : 10 semaines, 3 fois par semaine, 45 min, intensité contrôlée par polar (1/semaine), natures d’activités physiques très variées.
Test of Gross Motor Development-2 (TGMD-2, Ulrich, 2000)
Souplesse-Endurance musculaire
Capacité aérobie = Bruce maximal progressive treadmill test
Mesure des Comportements = Child Behavior Check-list (CBCL; Achenbach, 1991)
Mesure Neuropsychologiques
Capacité attentionnelle = Test of Everyday Attention for Children (Tea-Ch; Manly, Robertson, Anderson, & Nimmo-Smith, 1999)
Attention divisée = Sky Search DT (Tea-Ch)
Principaux Résultats pour le groupe expérimental
Diminution des comportements à problème relevés par les parents (p=.038) et des sous dimensions problèmes sociaux, problèmes attentionnels, et pensées problèmes (par rapport au groupe contrôle).
Pour la condition physique, seulement la capacité musculaire a significativement augmenté (par rapport au groupe contrôle).
Diminution significative du temps de recherché visuelle (par rapport au groupe contrôle).
Discussion
L’étude comporte des limites importantes (échantillon de faible taille, pas de randomisation, analyse statistique discutable).
Malgré tout, ces résultats interrogent sur les mécanismes sous-jacents de l’AP sur le comportement et l’attention (voir l’article de d’Hilman dans Nature Reviews).
Au niveau clinique, cela ouvre les portes de la validation des pratiques d’APA auprès de des enfants TADH. Il serait intéressant d’évaluer les effets d’un programme d’activités physiques adaptées sportives sur les apprentissages scolaires et l’intégration de ce type d’enfants.
Verret C, Guay MG, Berthiaume C, Gardiner P and Béliveau L. A Physical Activity Program Improves Behavior and Cognitive Functions in Children With ADHD : An Exploratory Study. Journal of Attention Disorders, 2012 16: 71.
Hillman, C. H., Erickson, K. I., & Kramer, A. F. (2008). Be smart, exercise your hearth: Exercise effects on brain and cognition. Nature Reviews, 9, 58-65.
Cet article est à metre en lien avec le livre CORPS ET PSYCHIATRIE Psychopédagogie des activités physiques et sportives – François Brunet, Michel Couette- Edition ENSP (1992).
CRITERES DIAGNOSTIQUES DU TROUBLE : DEFICIT DE L’ATTENTION/HYPERACTIVITE A) Présence de (1) ou de (2) : (1)Six des symptômes suivants d’inattention (ou plus) ont persisté pendant au moins 6 mois, à un degré qui est inadapté et ne correspond pas au niveau de développement de l’enfant :- a) Souvent ne parvient pas à prêter attention aux détails ou fait des fautes d’étourderie dans les devoirs scolaires, le travail ou d’autres activités ;
- b) A souvent du mal à soutenir son attention au travail ou dans les jeux ;
- c) Semble souvent ne pas écouter quand on lui parle personnellement ;
- d) Souvent, ne se conforme pas aux consignes et ne parvient pas à mener à terme ses devoirs scolaires, ses tâches domestiques ou ses obligations professionnelles (non dû à un comportement d’opposition ni à une incapacité à comprendre les consignes) ;
- e) A souvent du mal à organiser ses travaux ou ses activités ;
- f) Souvent évite, a en aversion, ou fait à contrecoeur les tâches qui nécessitent un effort mental soutenu (comme le travail scolaire ou les devoirs à la maison) ;
- g) Perd souvent les objets nécessaires à son travail ou à ses activités (jouets, cahiers, crayons, livres, outils) ;
- h) Souvent se laisse facilement distraire par des stimuli externes ;
- i) A des oublis fréquents dans la vie quotidienne.
- a) Remue souvent les mains ou les pieds ou se tortille sur son siège ;
- b) Se lève souvent en classe ou dans d’autres situations où il est supposé rester assis ;
- c) Souvent, court ou grimpe partout, dans les situations où cela est inapproprié ;
- d) A souvent du mal à se tenir tranquille dans les jeux ou les activités de loisir ;
- e) Est souvent “sur la brèche” ou agit souvent comme s’il était “monté sur ressorts” ;
- f) Parle trop souvent ;
- g) Laisse souvent échapper la réponse à une question qui n’est pas encore entièrement posée ;
- h) A souvent du mal à attendre son tour
- i) Interrompt souvent les autres ou impose sa présence (par exemple fait irruption dans les conversations ou dans les jeux).
Le blog Activités Physiques Adaptées etc…collabore avec le GERAR ! A voir l’article Les tests de marche, c’est mieux en groupe ?
Le GERAR est mené par deux kinésithérapeutes et un enseignant en APA et produit des articles de qualité. Le blog GERAR a plusieurs objectifs: Justifier les actes thérapeutiques en s’appuyant sur de la littérature scientifique, Créer de nouveaux protocoles de prise en charge (PEC), Établir des statistiques objectivant les actes thérapeutiques et les différentes PEC, Investir le domaine scientifique de la rééducation par des publications écrites et/ou des communications orales, Monter des réseaux entre professionnels et établissements de soins, Organiser des débats dans le domaine de la rééducation.
Une initiative originale à enregistrer dans “Mes Favoris” ou son agrégateur de flux RSS !!!
Petite sélection d’articles du GERAR:
Pluri – Inter – Multi – Trans – Indisciplinés ?
Le podomètre et les tests de marche
Pour un consensus sur la définition de la sédentarité.
Exploration isocinétique : un moyen d’évaluation musculaire
L’Institut de Recherche Cliniques de Montréal a publié les résultats d’un essai clinique randomisé contrôlé testant les
effets à 2 ans. Pour présenter (partiellement) cet essai, je reprends une méthode de lecture tirée d’une méthode de Lecture Critique d’Article (LCA), les critères PICO.
Patients
Inclusion-Homme/femme, 35-70ans, faisant état d’au moins 2 facteurs de risque parmi les suivants : tension artérielle, cholestérol élevé, diabète de type 2 non contrôlé, consommation de tabac quotidienne, IMC>30
Non inclusion-trouble coronarien, insuffisance rénale, diabète type 1
Recrutement-annonce dans les journaux, 1580 appels téléphoniques dont 185 sujets inclus
Interventions
Programme EDUCOEUR
Conduit par des nutritionnistes, psychologues, kinésiologues, médecins et infirmières
12 semaines-3h/semaine
Nutrition- entrainement à la gestion du stress (basé sur le modèle transthéorique, le « Health Belief » modèle et l’entretien motivationnel)- Activité physique
Activité physique= 10 minutes d’informations sur l’AP+échauffement+ exercice aérobie à 60:80% fcmax+un circuit d’entrainement en résistance (35min) + 1 session supervisée de rappel tous les 3 mois jusqu’à la fin de l’étude
Comparaison
2 Groupes contrôle: Soins usuels, Soins spécialisés (SS) (minima- suivi par un médecin spécialiste, un entretien entre 15 et 60 tous les 6 mois)
Outcomes (Résultats)
Critère jugement principal = Score de Framingham + algorithme PROCAM
Critères jugements secondaires = AP déclarée- condition physique- habitudes alimentaires- Dépression (BDI)- Qualité de vie (SF-12)
Score de Framingham diminue de 16% à 14.6% (p<.005) pour les sujets du programme EDUCOEUR
Score de Framingham diminue significativement pour le groupe EDUCOEUR et les Soins spécialisés.
Score de dépression et qualité de vie diminue significativement pour le groupe EDUCOEUR et les Soins spécialisés.
Les patients du programme EDUCOEUR consomment significativement moins de médicaments que ceux du groupe Soins spécialisés.
AVIS
Cet essai est original, se veut proche de la réalité clinique. Quelques faiblesses sont à souligner : la nature des groupes contrôles (pas du tout le même temps de contact soignant-soigné), l’analyse statistique est discutable, l’évaluation de la condition physique, le choix des modèles motivationnels n’est pas étayé. Les résultats sont intéressants mais pas nécessairement très supérieurs aux SS, la question du coût efficacité se pose.
Le choix de travailler sur des patients prodromiques est à mon sens, très pertinent et original. L’article est très consistant mais il aurait été peut être plus intéressant pour le lecteur d’avoir un article methode-design séparément. Publier uniquement le protocole est discutable mais sur des interventions complexes, cela permet de réellement prendre la mesure de celle-ci. De manière surprenante, cette étude est financée par un laboratoire pharmaceutique, jolie initiative. Cette étude est un bel exemple de médecine comportementale.
L’assemblée générale de la SFP-APA s’est déroulée samedi 31 mars 2012 à Orsay. Encore une fois, c’est l’occasion de rencontrer physiquement nombre d’adhérents croisés ici ou là sur un forum, dans un courrier électronique, dans le commentaire d’un article…
J’ai pu discuter avec les présidents de comité de zone de la SFP-APA que j’apprécie toujours autant, d’autres qui viennent d’arriver.
Quelques discussions avec des adhérents aux parcours riches et originaux me permettent de découvrir d’autres réalités de terrain, d’autres questionnements parfois pas éloignés du tout de ceux de la recherche.
Cette AG souligne aussi l’investissement (à 800%) de plusieurs universitaires dans le développement des APA au niveau de la recherche et de l’enseignement.
L’AG a aussi été le lieu d’heureuses surprises de la part de l’APAPSS (Association des Professionnels des Activités Physiques et Sportives du secteur Spécialisé), mais aussi de la création de deux comités de zone : Normandie et Réunion (plus d’informations bientôt sur le site de la SFP-APA) et la distribution de la première plaquette présentant la SFP-APA.
L’avenir des APA reste entre nos mains, les volontés de chacun accumulées au fil des années, permettront une reconnaissance croissante des APA en France. De nombreux chantiers nous attendent et un besoin croissant d’adhérents ACTIFS au sein de l’association sera l’enjeu majeur.
Si vous étiez présents, n’hésitez pas à laisser vos impressions dans les commentaires !
Un niveau élevé de fatigue perçue prédit la participation à un programme d’activité physique de 12 semaines chez des femmes avec une pression sanguine élevée.
C’est ce que démontre Sadja et al (2012) dans un récent article de la revue Health Psychology (accès libre ici). Cet essai clinique randomisé avait déjà fait l’objet d’une publication (Edwards, Wilson, Sadja, Ziegler, & Mills, 2011).
L’échantillon était composé d’hommes et de femmes (24-27) mais l’effet positif du niveau de fatigue initial n’est retrouvé que chez les femmes. Les deux autres prédicteurs sont l’âge et le niveau de VO2 pic initial.
L’intérêt de l’étude réside dans le fait de bousculer les idées reçues sur la fatigue (c’est d’ailleurs ce qui a permis, à mon avis, que la publication soit acceptée malgré pas mal de défauts). Notamment, le programme d’activité physique proposé était assez dense et les investigateurs sollicitaient les participants toutes les semaines par téléphone. C’est résultats restent donc à confirmer (Sadja et al., 2012).
Il y a-t-il des Enseignants en Activités Physiques Adaptées qui ont déjà remarqué cela sur le terrain ?
Edwards, K. M., Wilson, K. L., Sadja, J., Ziegler, M. G., & Mills, P. J. (2011). Effects on blood pressure and autonomic nervous system function of a 12-week exercise or exercise plus DASH-diet intervention in individuals with elevated blood pressure. Acta Physiologica, 203(3), 343–350. doi:10.1111/j.1748-1716.2011.02329.x
Sadja, J., Tomfohr, L., Jiménez, J. A., Edwards, K. M., Rock, C. L., Calfas, K., & Mills, P. J. (2012). Higher physical fatigue predicts adherence to a 12-week exercise intervention in women with elevated blood pressure. Health Psychology, 31(2), 156–163. doi:10.1037/a0025785
En réponse à un article de Rue 89 Et si la Sécu remboursait le sport pour certains malades ?
Voici mon commentaire posté sur leur site:
Trois points importants :
Il est important de souligner que cette proposition était déjà inscrite dans le Rapport PNAPS Plan National de prévention par l’Activité Physique ou Sportive de J-F Toussaint ainsi que dans le rapport INSERM 2008 Activité physique et Santé. Ce même rapport commandé par R.Bachelot et B.Laporte en 2008.
Qu’a t il était fait depuis ?
Il existe des professionnels spécialisés dans la pratique d’activité physique pour la santé, appelé officiellement Activités Physiques Adaptées. Ils sont formés à l’Université Française en STAPS à Bac +3+5+8. Ils sont réunis en un association de professionnels APA (www.sfp-apa.fr).
Il y t il réellement des financements de grandes échelles au niveau national pour développer l’évaluation thérapeutique de l’Activité Physique ?





Société Française des Professionnels en Activités Physiques Adaptées
Boulet BD
Chomsky en français
La bas si j'y suis
La Telelibre
Michel Onfray