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Enceinte et active

05/02/2016

Capture du 2015-12-28 11:42:28Le Centre de ressources sur l’activité physique (PARC) vient de mettre en ligne un guide « Enceinte et active ». Le document est en accès libre et rédigé très clairement. Après un rappel des bénéfices d’une grossesse active, il fournit des conseils, et illustrations d’exercices, d’étirements, ainsi que des contre-indications.

Ce document est très pédagogique, utilisable par le grand public comme par les professionnels de l’activité physique. Il s’appuie sur l’état de la littérature scientifique. D’ailleurs pour les lecteurs souhaitant approfondir le sujet, une revue de la littérature scientifique francophone est disponible ici, elle a été dirigée par Gautier Filhol, Enseignant en Activité Physique Adaptée.

Capture du 2015-12-28 11:41:45Si vous ne connaissez pas le Centre de ressources sur l’activité physique, prenez le temps d’examiner leur site internet, riche de ressources utiles francophones et anglophones. Un article du blog a déjà traité de cette thématique ici.

Filhol G, Bernard P, Quantin X, Espian-Marcais C, Ninot G. Point sur les recommandations d’activité physique durant la grossesse [Exercise during pregnancy : review]. Gynécologie Obstétrique & Fertilité

Catégoriser une personne comme active sur la base des réponses à un questionnaire, est-ce fiable ?

30/01/2016

The WireUn article (en accès libre) du numéro de février de la revue Medicine & Science in Sports & Exercise pose cette question. Les auteurs posent une question juste car dans le domaine de la recherche clinique ou épidémiologique, l’utilisation de questionnaires validés pour mesurer l’activité physique est la norme, même si un nombre croissant d’investigations utilisent des mesures dîtes objectives comme des accéléromètres.C’est aussi une problématique commune aussi aux aux Enseignants en APA ou kinésiologues, pour pouvoir catégoriser les habitudes en termes d’activité physique de leur « patients ».

La méthode utilisée est relativement simple. Les investigateurs ont comparé les proportions d’adultes classées comme « active » (c-a-d 150 min d’AP hebdomadaire) sur la base d’une mesure objective et auto-déclarée. Leurs données provenaient de 10 pays européens (dont la France), les participants (N=1713) étaient inclus après avoir répondu aux trois questionnaires suivants et réalisé une mesure objective de leur AP (combinaison d’un cardiofréquencemètre et d’un Actiheart « ajusté ») : Recent Physical Activity Questionnaire (RPAQ), International Physical Activity Questionnaire (IPAQ) (version courte) et le European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition Physical Activity Questionnaire (EPIC-PAQ) (version courte).

La mesure objective classait 48.5% [95% CI, 41.6–50.9] des personnes suffisamment actives. Les prévalences de personnes actives étaient significativement différentes entre les questionnaires et la prévalence issue de la mesure objective.

  • International Physical Activity Questionnaire 84.2% [95% CI, 82.5–85.9],
  • Recent Physical Activity Questionnaire 87.6% [95% CI, 85.9–89.1],
  • European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition Physical Activity Questionnaire 39.9% [95% CI, 37.5–42.1].

En prenant la mesure objective comme référence, les questionnaires attribuaient le statut d’actif dans 20 (IPAQ), 18 (RPAQ) et 70 % (EPIC-PAQ) des cas.

Les auteurs concluent à une fiabilité modeste de ces questionnaires. Ils ajoutent que les études populationelles utilisant ces questionnaires doivent être interprétées avec précaution.

Les spécialistes de l’AP recherchent souvent les meilleurs outils pour mesurer les habitudes d’AP, malheureusement peu d’outils de type questionnaire sont très fiables, en dépit de leur validation initiale. De plus, en pratique clinique, des outils émergent sans faire l’objet de validation (ex : Questionnaire Ricci Gagnon). Sur cette question il n’y a pas de bons questionnaires, il y en a de moins mauvais. Reste aussi la question de leur traitement et analyses qui ne se fait aisément dans la majorité des cas. Pour approfondir le sujet, une revue de littérature francophone a été publiée par Vuillemin et al. (2012).

Peu d’impact de la chirurgie bariatrique sur l’activité physique à long terme

24/01/2016

The Wire sofaDeux précédents articles traitaient de l’activité physique pré-post chirurgie bariatrique. Le second mettait en évidence que l’activité physique et la sédentarité restait respectivement très faible pour l’une et élevée pour l’autre. Du fait des devis des études, on ne pouvait pas réellement savoir si la chirurgie bariatrique entrainait une modification de ces comportements.

Un article de la revue Obesity répond à cette question. En effet, King et al. ont suivi 473 adultes avant puis 1,2,3 ans à la suite de leur opération. Les participants portaient un accéléromètre durant 7 jours pour caractériser leur activité physique.

La 1er année, la durée de sédentarité moyenne diminuait de 573 (95% CI: 563-582) à 545 (95% CI: 534-555) min par jour et l’activité physique modérée à vigoureuse augmentait de 77 (95% CI: 71-84) min par semaine. Cependant, aucun changement significatif n’était retrouvé pour les deux autres années. Le pourcentage de participants au-dessus des recommandations de 150 min d’activité physique modérée à vigoureuse hebdomadaire demeurait le même avant la chirurgie [3.4% (95% CI: 1.8-5.0) et trois plus tard [6.5% (95% CI: 3.1-12.7)]. Les auteurs ont aussi réalisé des analyses en sous-groupe qui soulignent aussi le peu de changement à la suite de l’opération, voir ci-dessous. Les auteurs concluent que la chirurgie entraine de très légers changements maintenus dans le temps mais que le niveau de d’AP n’est pas foncièrement augmenté à la suite de celle-ci. Il soulignent le besoin de prise en charge (conseil et AP supervisée pour les personnes ayant reçu une chirurgie de ce type).

King 2015 Objective assessment of changes in physical activity and sedentary behKing et al. 2015 Objective Assessment of Changes in Physical Activity and Sedentary Behavior: Pre- Through 3 Years Post-Bariatric Surgery. Obesity. 1143–1150. doi:10.1002/oby.21106

La chirurgie bariatrique, de la magie pour l’activité physique ?

19/01/2016

bunkAprès avoir traité de l’activité physique (AP) chez les candidats à une chirurgie bariatrique, posons-nous la question de l’après, du post-opératoire. On pourrait penser que l’opération entraine un déclic dans les habitudes des personnes, terme que l’on retrouve sous la forme de ‘teachable moment’ en anglais. Mais cela ne semble pas être le cas pour l’activité physique.
Chapman et al., (2014) ont demandé à 40 adultes australiens ayant subi une chirurgie bariatrique dans les 14 à 18 mois de porter deux accéléromètres durant 7 jours. La proportion de sédentarité, d’AP faible, modérée et élevée durant le temps d’éveil était la suivante : 72% ± 12%, 22% ± 9%, 5% ± 3% and 0% ± 0%. La moitié des moments de sédentarité était de plus de 30 minutes et plus de la moitié des temps liés à l’AP étaient de moins de 10 minutes.

Même si l’échantillon est peu important, il souligne que le changement de comportement ne semble pas être « naturel », « automatique » chez les personnes ayant reçu une chirurgie bariatrique. Un suivi spécifique pourrait faciliter un retour à un style de vie plus actif.Chapman 2014 Patterns of physical activity and sedentary behavior after bariatric

Chapman Naomi. Patterns of physical activity and sedentary behavior after bariatric surgery: An observational study. Surgery for Obesity and Related Diseases 10 (2014) 524–532. http://dx.doi.org/10.1016/j.soard.2013.10.012

Candidat à la chirurgie bariatrique – activité physique

15/01/2016

Tout d’abord qu’est-ce que la chirurgie bariatrique ?44934

La chirurgie bariatrique regroupe actuellement un ensemble de techniques qui peuvent être classées en deux types principaux d’interventions. Les premières visent à réduire la capacité gastrique, c’est-à-dire le volume utile de l’estomac (restriction). Les secondes, dites mixtes, associent à cette restriction gastrique plus ou moins importante la création d’une dérivation dans le tube digestif afin de diminuer l’absorption intestinale des éléments nutritifs (malabsorption) (plus de détails ici). C’est un traitement reconnu de l’obésité dite morbide, IMC>40.

Les personnes qui peuvent obtenir ce traitement doivent réussir à modifier leurs comportements (alimentation et activité physique) de santé à la suite de l’opération. Ils font souvent l’objet d’étude afin d’examiner leur comportements et profiles avant et après l’opération. King et al., ont examiné l’association entre activité physique et indicateurs de santé mentale parmi des candidat à cette chirurgie (personnes obèses de type 2 ou 3 recrutés dans 10 hôpitaux américains).

Ainsi, 850 adultes ont porté un actimétre durant 7 jours, et ont répondu à des questionnaires validés afin d’évaluer leur niveau de symptômes dépressifs (BDI), leur qualité de vie dans le domaine mental (SF-36) et la présence d’un traitement récent pour la dépression et ou l’anxiété (majoritairement des psychotropes). L’AP était caractérisée de plusieurs façon : minutes d’AP globale par jour, nombre de pas par jour et cadence élevée.

Ces trois marqueurs d’AP n’étaient pas associée aux symptômes dépressifs, ni à la qualité de vie dans le domaine mental. En revanche, un niveau faible d’AP était associé avec la présence d’un traitement récent pour la dépression ou l’anxiété (avec un potentiel effet dose inverse). Comme l’étude avait un devis transversal, aucune causalité ne peut être interprétée. Cependant, dans cette population, les personnes traitées pour des symptômes dépressifs et ou anxieux sont des personnes qui pourraient bénéficier de conseils à l’activité physique plus spécifiques.

Voir aussi l’article du blog Pourquoi devrait-on s’intéresser beaucoup plus aux traitements antidépresseurs et anxiolytiques ?

King et al. (2013) Associations between physical activity and mental health among bariatric surgical candidates. Journal of Psychosomatic Research

 

 

Si l’activité physique est une médecine où est l’activité physique en médecine ?

10/01/2016

hippocrateBradley Cardinal a publié un article au titre interpellant, difficilement traduisible en français : If Exercise is Medicine, Where is Exercise in Medicine ? Après avoir dressé le nombre d’études et de recommandations qui suggèrent d’incorporer la promotion de l’activité physique dans le cursus universitaire de médecine, ses collègues et lui s’interrogeaient sur la place réelle de l’activité physique dans les formations médicales. Ils ont examiné les contenus de formation des écoles de médecine accréditées par l’Association Américaine des Écoles de Médecine en ciblant les « programmes » pour médecin et médecin en ostéopathie. Ils ont réussi à obtenir ces descriptions dans 118/170 écoles. Voici les questions posées et leurs réponses.

  • Combien de médecins reçoivent une formation à propos de l’activité physique ? 51 % des écoles fournissent aucune formation, 21 % une seule
  • Ces cours sont-ils optionnels ou obligatoires ? Parmi celles proposant un cours, celui-ci est optionnel dans 82 % des cas
  • Quels types de sujets sont traités en lien avec l’activité physique ? 45 % des cours sont centrés sur la médecine du sport ou la physiologie de l’exercice, alors que la médecine préventive, ou le conseil au changement de comportement est proposé beaucoup moins souvent (environ 8%).
  • Il y a-t-il des différences entre les médecins et les médecins ostéopathes, les écoles privées ou publiques ?Aucune différence significative retrouvée.

Les auteurs discutent de leurs résultats avec une vision américano-centrée et proposent le développement de modules en ligne pour pallier cet énorme écart entre les recommandations et les faits. On peut rester très septique face à cette proposition et à sa possible efficacité. La formation à l’activité physique est rare et reste ultra-dominée par une vision biologique selon cette étude.

Je ne connais pas d’équivalent en France ou Canada pour pouvoir comparer les résultats. Si les lecteurs du blogue se rappellent avoir lu des informations à propos de la convention passée entre la C3D et la Conférence des Doyens de Facultés de Médecine en 2013 (article du blogue), à ma connaissance, il n’y a pas d’écrit à ce sujet, ni de système d’évaluation des effets de cette convention. Cela ferait un très bon sujet de mémoire de Master/Maîtrise ou de thèse de médecine.

Cardinal et al. 2015. If Exercise is Medicine, Where is Exercise in Medicine? Review of U.S. Medical Education Curricula for Physical Activity-Related Content. Journal of Physical Activity & Health

C’est quoi un Enseignant en Activité Physique Adaptée ?

07/01/2016

L’année 2015 se concluait avec la 5e Rencontre en Activité Physique vo2maxAdaptée (APA) organisée les étudiants STAPS en Master APA. Le thème de la journée était le suivant : Les métiers de l’Activité Physique Adaptée et innovation en santé : ingénierie, mise en œuvre et perspectives socio-économiques .
Plusieurs vidéo sont en ligne, mais ma préférée reste celle de Guillaume Chevance qui présente le référentiel métier de l’Enseignant en APA. Pour ceux ou celles qui ne connaissent pas (encore) ce document, c’est une vidéo essentielle, une entrée parfaite pour les étudiants STAPS par exemple. La conclusion est géniale !

Toujours plus d’activité physique ?

02/01/2016

Forrest_BiggestBeard_endContinuons notre réflexion sur l’activité physique sous ses multiples formes et ses relations avec la santé. Un article dans la prestigieuse revue JAMA aborde la question de la « “too much exercise hypothesis” »1. Quelle dose dAP est optimale pour des bénéfices de santé ? Est-ce que des doses plus élevées augmentent les bénéfices ?

  • Les faibles doses d’activité physique

Une mutualisation d’études de cohortes US et européennes permettent d’argumenter en faveur de celles-ci, avec un risque de mortalité réduit de 14 ans en comparaison aux personnes inactives

  • Les doses modérées d’activité physique

Être actif de façon à répondre aux recommandations entraîne de nombreux bénéfices pour la santé, tout ajout de 15 min d’AP modérée était associé à 4 % de réduction supplémentaire du risque de mortalité (étude sur 13 ans taïwanaise)

  • Les doses élevées d’activité physique

La Copenhagen City Heart Study démontre que toutes les causes de mortalité étaient diminuaient sur 12 ans de suivi parmi des coureurs moins de 60min en comparaison à des non-coureurs. Pour les participants avec une dose >240 minutes hebdomadaires n’avaient pas de bénéfices supplémentaires sur la mortalité.

Les auteurs suggèrent que la relation entre AP et santé est curvilinéaire, soit en forme de U ou J. Par exemple, les participantes de l’étude Million pratiquaient une AP quotidienne avaient une incidence similaire aux personnes inactives pour l’AVC sur 9 ans. De plus celles-ci étaient plus souvent fumeuses que les participantes inactives. L’auteur insiste sur le besoin d’identifier une dose d’activité physique intense maximale à partir de laquelle, les bénéfices pour la santé ne sont plus significatifs.

Même si l’argumentaire de l’article est assez mal construit, il reste intéressant dans la sa remise en cause du toujours plus d’efforts physiques trop souvent prôné dans les articles « pro » activité physique dans la littérature médicale. De nombreuses questions restent en suspend : est ce la dose globale d’activité physique uniquement, sa fréquence hebdomadaire, sa nature (pratique sportive versus marche vs activités de la vie quotidienne), les risques de trop d’activité physique ne sont évalués uniquement sous l’angle de leur effets délétères sur la mortalité, mais quand est-il sur la santé mentale ? Peut-on comparer des doses d’activité physique élevées uniquement par la dépense énergétique qu’elles génèrent (bûcheron versus sportif de haut niveau) ?

1. Eijsvogels TMH, Thompson PD. Exercise Is Medicine: At Any Dose? JAMA. 2015;314(18):1915-1916. doi:10.1001/jama.2015.10858.

Et si le sport n’était pas que bon pour la santé ?

14/12/2015

A l’heure où les recommandations internationales soulignent les multiples bénéfices d’une pratique d’activité physique régulière, martelant le message de 150 minutes d’activité physique aérobie hebdomimages.duckduckgo.comadaire d’intensité modéré ou 75 minutes d’activité physique d’intensité plus intense, si possible couplé à une séance de renforcement musculaire, de nombreuses interprétations sont possibles. En effet, la manière dont on parle de l’activité physique, influence sa perception. Ainsi, la vision « dose » (i.e. minutes en fonction du temps, fréquence…) couplée à une vision quasi-binaire « aérobie » vs. « renforcement musculaire », annihile une conceptualisation plus qualitative de l’activité physique. Si l’on se rappelle la définition de l’activité physique, de l’exercice physique et du sport, il y a des différences marquées dans la manière de voir l’activité physique.

Or un amalgame important est fait continuellement avec l’idée du « sport santé », ramenant toute pratique d’activité physique à du sport et toute pratique sportive à des bénéfices pour la santé. A ce jeu-là, la France est très forte, tant les relations (parfois contre nature entre médecine et fédérations sportives) sont fortes et historiques, voir le document de travail du Medico-Sport à ce sujet par exemple.

Pour illustrer l’intérêt de considérer l’activité physique et les pratiques sportives plus finement, je présente une étude d’Audrain-McGovern et Rodriguez (2015)1 qui étudient depuis plusieurs années les relations entre pratiques sportives et consommations de substances addictives (tabac, alcool, marijuana) chez les enfants, adolescents et jeunes adultes. S’il est communément admis qu’un niveau d’activité physique suffisant durant l’enfance et l’adolescence est un facteur protecteur contre les tentatives de consommations des substances citées plus haut, qu’en est-il réellement lorsque l’on regarde les détails des pratiques déclarées de pratiques sportives. Ils ont examiné une cohorte d’adolescents américains durant 4 ans évalués tous les 6 mois (+ de 1300 sujets) afin d’identifier les activités sportives associées positivement ou négativement à la consommation de tabac. Ils ont pu ainsi identifier un groupe d’activités sportives « négatives » produisant un risque quatre fois plus élevé de consommation de tabac par tranche de 30 minutes de pratique chez les adolescents suivis.

Exemples:

  • pratiques sportives positives : tennis, football, yoga, running, natation (pratiques collectives, individuelles)…
  • pratiques sportives négatives : danse de loisirs (sauf le ballet et le jazz), le vélo, le bowling, les sports de combat, le « cheerleading », les sports de glisse… 

L’étude se base des analyses statistiques longitudinales multivariées afin de contrôler les facteurs connus comme la supervision des parents, l’impulsivité…

Les auteurs soulignent que la classification des pratiques sportives est parfois culturellement dépendante (ex « cheerleading ») mais que des résultats similaires ont été retrouvés dans une cohorte norvégienne.

Que retenir ??? Le sport n’est pas que bon pour la santé, qu’il faut de la mesure lorsqu’on évalue ses bénéfices, que l’activité physique est bien plus diverse qu’uniquement les pratiques sportives, que des campagnes de prévention des conduites addictives chez les jeunes pourraient cibler des fédérations sportives spécifiques.

1. Audrain-McGovern, J. & Rodriguez, D. All physical activity may not be associated with a lower likelihood of adolescent smoking uptake. Addict. Behav. 51, 177–183 (2015).

Utiliser des psychotropes pour modifier l’activité physique ou est-ce que le dopage peut-être une bonne chose ?

03/12/2015

velo-de-ghislain-lambert-12-gL’article d’aujourd’hui veut traiter d’un récent éditorial dans la revue Sports Medicine. Samuele Marcora rappelle les difficultés des chercheurs et cliniciens à mobiliser la population générale à une pratique d’activité physique (AP) plus importante. Il insiste sur le fait que l’AP est comportement complexe reposant sur des bases psychobiologiques.

Sur des bases évolutionnistes, il souligne que l’humain est par défaut, un « animal sédentaire », c’est à dire que nous nous sommes développés sur une base d’économie d’énergie afin de maximiser notre survie en en ayant en cas de besoin, chasse, fuite ou déplacements.

Il aborde ensuite les recommandations en termes d’AP qui mettent plus avant les AP d’intensité modérées car celles-ci nécessitent un effort et des douleurs moindres. Or il insiste sur le fait que l’AP de haute intensité procure globalement des résultats supérieurs pour la santé de l’adulte. Le premier frein à la haute intensité et à une vie plus active reste la perception de l’effort. Voir le modèle développé ci-dessous.

marcoraBasé sur des théories hédonistes de la pratique de l’AP, il pense que l’on pourrait utiliser des substances psychoactive pour modifier la perception de l’effort et ainsi moduler d’autre marqueurs psychologiques.

Il argumente en faveur de la caféine qui chez les sportifs, altère la perception d’effort, de fatigue, agissant sur le cortex moteur, les affects et la douleur musculaire. Il propose aussi le méthylphénidate (plus connu sous le nom commercial de Ritalin en France et Biphentin au Québec), molécule utilisée dans le traitement trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Il propose d’examiner aussi des molécules régulant la dopamine par exemple, argumentant que celles-ci auraient des effets « motivationnels ».

En résumé, il souligne que ses hypothèses sont plausibles d’un point de psychobiologique, mais qu’il y a très peu d’études chez les sédentaires pour la caféine, par exemple et que cela poserait des problèmes éthiques importants d’explorer les molécules précédemment citées. Avec humour, il souligne la réaction effarée de l’un de ses collègues, chercheur en psychologie, quand il a partagé son idée dans un couloir.

Si l’auteur fait quelques raccourcis rapides (format oblige), il avance une idée originale qui pose encore la question de l’effort , du plaisir perçu durant la pratique d’activité physique. On peut critiquer son idée sur la base qu’il omet totalement le processus d’apprentissage qui peut être développé avec des patients afin de les amener vers des intensités d’effort plus élevées. Bien sur, c’est long, chronophage et demande des professionnels formés (Enseignant en Activité Physique Adapté – Kinésiologue).

En tout cas, ne mettons pas cette idée au placard, et imaginons que des équipes de chercheurs réellement pluridisciplinaires pourraient réfléchir à la question.

Marcora . S. Can Doping be a Good Thing? Using Psychoactive Drugs to Facilitate Physical Activity Behaviour (2015). Sports Medicine (en accès libre)

PS. L’auteur déclare avoir reçu des fonds du laboratoire GSK.

Promouvoir l’activité physique pour les plus de 55 ans, oui mais comment ?

16/11/2015

La question des techniques de changement comportement liées à l’augmentation de l’activité physique a peu été abordée sur ce blog, excepté les travaux de M.Gourlan dans le domaine de l’obésité.

La revue Health Psychology Review vient de mettre en ligne une méta-analyse qui explorait l’efficacité des interventions motivationnelles (sans AP supervisée) sur l’AP de personnes âgées de 55 à 70 ans (O’Brien et al., 2015). Précisément, les auteurs investiguaient les TCC associées à une efficacité plus importante.

19 essais cliniques ont été identifiés dans la littérature, dont 10 qui déclaraient utiliser une théorie spécifique (e.g., Modèle Transthéorique). La majorité de celles-ci avait une composante en face à face menée par un soignant et était menée à domicile (durée de 11 mois et 29 entrevues en moyenne).

9 TCC étaient relevées, comme la fixation de buts comportementaux, l’information sur les conséquences du comportement, l’identification des barrières… Dans l’ensemble les études ont un petitanchorman-2-the-legend-continues-movie-wallpaper-21 effet mais significatif sur l’AP. L’examen des effets modérateur des TCC souligne que seul le « feedback » (fournir un retour à la personne sur la quantité et la nature de l’AP qu’il/elle a réalisé) améliore l’AP à long terme. En revanche, les interventions qui donnaient du matériel d’information en papier, les informations sur les conséquences du comportement pour l’individu et la fixation du lieu et du moment de pratique entraînaient un effet moindre. Les auteurs ne retrouvaient pas non plus un effet plus important lorsqu’un nombre plus élevé de TCC étaient utilisés.

Il y a de nombreuses interprétations possibles à ces résultats et ainsi que plusieurs limites, que je ne développe pas ici. En revanche, cette étude illustre l’importance que revêt la psychologie de la santé dans la promotion de l’activité physique et les informations essentielles qui peuvent être livrées aux spécialistes de l’activité physique (Enseignants en APA & Kinésiologues) pour améliorer leur intervention (Romain & Bernard, 2015).

  • O’Brien, N., McDonald, S., Araújo-Soares, V., Lara, J., Errington, L., Godfrey, A., … Sniehotta, F. F. (2015). The features of interventions associated with long-term effectiveness of physical activity interventions in adults aged 55-70 years: a systematic review and meta-analysis. Health Psychology Review, 9(4), 417‑433. http://doi.org/10.1080/17437199.2015.1012177
  • Romain, A. J., & Bernard, P. (2015). L’amélioration de la santé cardiovasculaire par l’exercice physique, chez les individus atteints de schizophrénie, passe aussi par la psychologie de la santé. Obésité, 10(1), 63‑65. http://doi.org/10.1007/s11690-014-0463-4

 

Les personnes touchées par des troubles schizophréniques très peu actives

08/11/2015

willfortedodgerstadiumlastmanonearthQu’est ce que cela donne lorsqu’on évalue objectivement l’activité physique et la sédentarité de 46 personnes en surpoids ou obèses touchés par des troubles schizophréniques ? Un équipe de chercheurs vient de publier les données qui répondent à cette question et mettent en perspectives leurs résultats avec la population générale 1. Les participants portaient un actimètre Actiwatch durant 7 jours avant d’être répartis dans une étude interventionnelle. L’Actiwatch était porté en moyenne 15h par jour.

81 % du temps de mesure était classifié comme de la sédentarité (environ 13h/jour). L’activité physique modérée à intense, ainsi que l’AP de faible intensité représentait 2% (19min), 17 % (157min) du temps de mesure, respectivement. Les mesures par questionnaire de l’activité physique souligne que les activités de la vie quotidienne sont la 1er source d’activité physique suivie par les déplacements à pied. En comparaison, aux données d’une étude épidémiologique importante, les participants étaient significativement plus sédentaires et inactifs que des utilisateurs de services de santé mentale et que la « population générale ».

Pour résumer, les preuves des risques de la sédentarité et de l’inactivité physique sont chaque mois plus importantes, les cliniciens et décideurs en psychiatrie, santé mentale et soins primaires doivent développer des stratégies de soins spécifiques incluant des spécialistes de l’activité physique comme les kinésiologues et Enseignants en Activité Physique Adaptée 2. Voir mes articles en accès libre à ce sujet

  1. Janney CA, Ganguli R, Tang G, et al. Physical activity and sedentary behavior measured objectively and subjectively in overweight and obese adults with schizophrenia or schizoaffective disorders. J Clin Psychiatry. 2015;76(10):e1277-e1284. doi:10.4088/JCP.14m09330.
  2. Bernard P. Et si on prenait l’activité physique au sérieux en psychiatrie ? L’Encéphale. doi:10.1016/j.encep.2014.10.016.
  3. Bernard P, Ninot G. Bénéfices des activités physiques adaptées dans la prise en charge de la schizophrénie: revue systématique de la littérature (2012) [Benefits of exercise for people with schizophrenia: A systematic review]. L’Encéphale, 38(4), 280-287. (téléchargement)

L’intensité « auto-choisie », « libre » pour le traitement de la dépression chez les adolescents

02/11/2015

En septembre dernier, un article présentait l’exploration des effets de programmes d’exercice physique à intensité « libre » ou « auto-choisie » chez des adultes dépressifs. Cette fois-ci, une étude de Tim Carter1 et al., vient d’être publiée chez des adolescents traités pour des troubles dépressifs (article en accès libre).

kind of funny storyUn essai clinique randomisé contrôlé a été mis en place proposant à un bras de l’étude (44 vs 43 participants) un programme d’exercice physique de 6 semaines (2 fois par semaine, 45 min, circuit training, aérobie et renforcement musculaire, supervisé) en parallèle des soins usuels. Je copie la manière dont les auteurs décrivent l’intensité :

« Preferred intensity was operationalised as follows: Participants could choose the order in which they undertook the different exercises; they could choose the intensity in which they exercised on each station and they could choose to take rests when they wanted. Moreover, no pressure was applied to participants to exercise at higher levels nor was it applied to participants to attend the sessions.

La méthode de l’étude stipule que 158 participants au total sont nécessaire afin d’avoir une puissance statistique attendue. Le groupe contrôle suivait les soins usuels uniquement. La mesure de la dépression et de l’activité physique était réalisée à l’aide d’échelles auto-raportées validées.

L’analyse des résultats ne révèle pas de différence significative entre les 2 groupes en fin d’intervention.

Le taux d’attrition est de 25% en fin d’intervention et de 50% à 6 mois. A 6 mois, le groupe exercice physique fait état d’un niveau significativement plus faible de dépression et aucun changement n’est retrouvé en termes d’activité physique déclarée.

En conclusion, comme l’étude précédemment citée 2, l’exercice physique à intensité “auto-choisie” ou libre ne diminue pas le niveau de dépression d’adolescent pris en charge pour des troubles dépressifs (possiblement due au nombre de participant trop faible). Même si des résultats significatifs à 6 mois sont retrouvés, le faible nombre de participants pourrait réellement biaiser les résultats et ceux-ci doivent être considérés comme exploratoires. Pour les curieux les auteurs ont mené des entretiens qualitatifs avec une partie des participants.

  • 1. Carter T, Guo B, Turner D, et al. Preferred intensity exercise for adolescents receiving treatment for depression: a pragmatic randomised controlled trial. BMC Psychiatry. 2015;15(1). doi:10.1186/s12888-015-0638-z.
  • 2. Doose M, Ziegenbein M, Hoos O, et al. Self-selected intensity exercise in the treatment of major depression: A pragmatic RCT. Int J Psychiatry Clin Pract. 2015;0(0):1-10. doi:10.3109/13651501.2015.1082599.

L’exercice physique aérobie comme traitement de la dépression majeure ?

26/10/2015

Un nombre important d’essais cliniques a été publié pour décrire les résultats de l’efficacité de l’exercice physique sur la dépression. Les 1er études portaient sur des personnes en bonne santé, puis des adultes avec un niveau de dépression modéré (non clinique) et récemment des investigations voient le jour auprès d’adultes touchés par des troubles dépressifs majeurs cliniques.

Une équipe brésilienne vient de publier un essai clinique évaluant l’efficacité de l’exercice chez ce type de patient 1. Leur objectif principal était d’incorporer un programme d’exercice aérobie (3 fois par semaine, réalisé en individuel, supervisé) durant leur hospitalisation à temps complet (‘inpatient’) versus soins usuels (i.e., antidépresseurs, électroconvulsivothérapie) pour diminuer les symptômes dépressifs (rémission, taux de réponse, score Hamilton scale). Les patients étaient évalués à l’aide d’un entretien psychiatrique standardisé et d’une échelle de dépression.

Sur 106 participants répondant aux critères d’inclusion (score Hamilton scale >25), 56 ont acceptés de participer, répartis dans un des deux bras de l’étude. L’échantillon était majoritairement composé de femmes normo-pondérées.

Aucune différence statistique n’a été retrouvée en termes de rémission et de taux de réponse. Cependant, une diminution significative du score de l’échelle d’Hamilton a été retrouvée dès la 2nd semaine et à la fin de l’intervention. Les participants demeuraient hospitalisés en moyenne 21,3 et 23,3 jours respectivement pour les groupes soins usuels et Exercice physique. Les auteurs décrivent les traitements utilisés par les traitements, ceux-ci sont très différents en termes de nature et de combinaison.

En conclusion, il y a une certaine incohérence dans les résultats, une taille d’échantillon assez faible, donc établir l’effet « clinique » de l’exercice physique sur la dépression majeure reste prématuré. Il pourrait y avoir des effets d’interactions avec les traitements pharmacologiques ou l’électroconvulsivothérapie, voir les articles du blog à ce sujet ici et .

Limites:

  • Manque d’informations sur le nombre de participants répondant aux critères diagnostiques de la dépression
  • Participants de groupe Ex semble en meilleure condition physique
  • La participation et l’abandon à l’Ex est décrite maladroitement.

Une sélection et un bel aperçu de la recherche en activité physique francophone

19/10/2015

L’Association des Chercheurs en Activités Physique et Sportives (ACAPS) tiendra son 26e congrès du 26-28 octobre à Nantes (France). Les organisateurs ont récemment mis en ligne les actes du congrès en accès libre. Pour les Enseignants APA, kinésiologues, professionnels de la prévention ne pouvant pas être présents à ce congrès, ces actes sont une source importante d’informations scientifiques francophones dans de nombreuses disciplines.

NantesLes actes totalisent 755 pages, l’article propose ainsi une sélection aux lecteurs, des études présentées les plus en lien avec l’activité physique, la santé, la prévention et l’activité physique adaptée. Cette sélection (et les catégorisations) est arbitraire, étant plus spécialiste de certains domaines et néophyte dans d’autres, mais voici le lien vers les actes au complet (ici).

Les articles présentés ci-dessous sont directement lisibles dans le PDF associé, vous y trouverez des résumés des études de 1 à 2 pages, les auteurs et leurs contacts si vous avez des questions. (En rouge mon TOP-3 personnel)

Age chronologique et âge subjectif (PDF)

  • E1- Au-delà de l’âge chronologique: Une approche psychosociale du fonctionnement physique – lors de l’avancée en âge
  • E2- « Se sentir plus jeune, marcher plus vite » : Étude des relations entre l’âge subjectif et l’évolution de la vitesse de marche lors de l’avancée en âge
  • E3- « Je pense à mon grand âge donc je suis susceptible de tomber » : L’influence des stéréotypes sur des ts3facteurs de risque de chute
  • E4- L’activité physique permet-elle aux seniors de se distancier du stéréotype traditionnel qu’on leur associe ?
  • E5- L’induction expérimentale d’une tendance au rajeunissement chez les personnes âgées dépend-elle du domaine physique vs. cognitif ?

Activité physique et Santé (PDF)

  • E1- Évolution de l’activité physique modérée et vigoureuse (MVPA) en situation réelle d’enseignement d’EPS au primaire: Déterminants individuels et environnementaux
  • E2- Contribution de l’automaticité à la condition physique des adolescents au-delà de l’activité physique auto-rapportée
  • E3- Étude des attitudes implicites dans le champ de l’activité physique : Propriétés de l’Implicit Association Test et du Single-Category Implicit Association Test
  • E4- Perception de l’activité physique chez les adolescents : l’étude HELENA

Éducation physique et sportive (PDF)

  • E1- Faut-il avoir expérimenté ce que l’on enseigne pour l’enseigner ? Quelques pistes pour placer la pratique physique et sportive au service de la professionnalisation des futurs enseignants d’EPS
  • E2- Identifier les prédicteurs psychologiques du temps d’enseignement et du climat motivationnel de l’EPS à l’école primaire
  • E3- Analyse de l’enseignement en EPS dans trois contextes aux modalités d’évaluation sommative différentes
  • E4- Procédures de guidages dans l’enseignement par situation complexe dans deux APSA contrastées (en collège en France)
  • E5- Programmation des APSA et pratiques extrascolaires des élèves d’un établissement d’excellence : l’EPS reproduit-elle la culture corporelle de l’élite lycéenne ?

Handicap (PDF)

  • E1- Pourquoi les Personnes Handicapées ne Trouvent pas de Travail ? Une Explication en Termes de Facteurs Psychosociaux
  • E2- Catégories sportives, athlètes handicapés et technologie
  • E3- Analyse sociologique de la souffrance à travers le vécu sportif des athlètes handicapés (étude sur l’équipe nationale Tunisienne)

Handisport (PDF)

  • E1- Effets de la modalité de déplacement en fauteuil roulant sur la performance et les réponses physiologiques au cours d’un test de terrain chez des handi-basketeurs
  • E2- Étude comparative de la performance, de l’indice d’endurance et de l’évolution de la lactatémie suite à des répétitions de sprint-navettes chez des basketteurs et des handi-basketteurs

Pathophysiologie – Biomécanique (PDF)

  • E1- Effets d’un entraînement en sprints sur les aptitudes aérobie et anaérobie de sujets obèses
  • E2- Effet d’un programme intermittent de haute intensité sur la perte de masse grasse abdominale chez des femmes ménopausées diabétiques de type 2
  • E3- Effets d’un programme communautaire de marche avec bâtons sur les capacités physiques des participants aînés : données préliminaires
  • E4- Adaptations cardio-respiratoires lors du test de step de 3 minutes à cadence fixe chez des patients BPCO
  • E5- La perte musculaire dans la Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive: Développement d’un modèle murin pour comprendre
  • E6- Quel type d’activités physiques est le plus efficace pour améliorer la fonction vasculaire des personnes obèses ?
  • E7- Place de l’exercice dans le traitement des conséquences cardio-métaboliques du syndrome d’apnée du sommeil
  • E8- Quelle place pour les spécialistes de la motricité dans la démarche de lutte contre les troubles musculo-squelettiques ? Application industrielle

Sommeil et Activité Physique (PDF)

  • E1- Caractéristiques de l’activité physique et du sommeil chez la jeune fille
  • Anorexique
  • E2- Effet du type d’exercice physique sur la vigilance et le sommeil
  • E3- Effet d’un programme de douze semaines d’activité physique sur le sommeil des étudiantes : le programme UNIVERSANTE

Vieillissement cognitif (PDF)

  • E1- Activité physique et processus cognitifs : aspects cérébraux et comportementaux
  • E2- La dédifferentiation des processus cognitifs et moteurs au cours du vieillissement : illustration à travers les effets de l’entraînement
  • E3- Le rôle de l’activité physique dans le déclin cognitif au cours du vieillissement : quels bénéfices ?

Qu’est ce qui influence l’évaluation de la condition physique ?

11/10/2015

Isreal Halperin et al. viennent de publier une revue de littérature très riche d’enseignements. Par leur revue de littérature, ils décrivent de manière très étayée les variablesjoseph-gordon-levitt-in-movie-don-jon-2013 confondantes qui sont peu ou pas prises en compte dans le domaine de l’évaluation de la condition physique ou d’autres caractéristiques comme la force musculaire, l’équilibre….(Halperin, Pyne, & Martin, 2015) (accès libre à l’article).

Pourquoi est-ce important ? Si les lecteurs de littérature scientifique, les chercheurs, les Enseignants APA ou kinésiologues ne sont pas au fait de l’impact de ces facteurs, ils peuvent attribuer une progression à un test à leur prise en charge, alors qu’un ou plusieurs facteurs au moment de l’évaluation influencent la performance au test.

Généralement, les études dans le domaine de la physiologie de l’exercice contrôlent des facteurs comme : l’échauffement standardisé, la nutrition avent le test (e.g., caféine), le moment de la journée, l’âge, le sexe ou le sommeil. Mais les auteurs de cet article souhaitent mettre l’accent sur des facteurs souvent négligés.

  • Instructions pour réaliser le test
  • Le volume et la fréquence des encouragements verbaux
  • La connaissance du temps pour arriver à la fin de l’évaluation
  • Le nombre et le genre des personnes dans la salle d’évaluation
  • La musique jouée avant et pendant le test (voir un précédent article du blog sur cette thématique)
  • Les effets de la fatigue mentale

La lecture de cette revue est riche d’enseignement et souligne aussi que des indicateurs psychologiques sont influencés par ces facteurs confondants (e.g., fatigue & essoufflement perçu) mais aussi des marqueurs objectifs comme le recrutement de certaines fibres musculaires ou les réponses hormonales (Ronay & Hippel, 2010) (accès libre à l’article). Les auteurs décrivent des études fort intéressantes sur les effets de la présence d’une femme sur la prise de risque de skateboarders, ou sur la force développée par des étudiants …. ou l’augmentation significative à un test de force juste en ayant écouté de la musique avant le test…. Cet article souligne le besoin de fournir des efforts accrus dans le domaine de la recherche et de la pratique clinique pour standardiser au maximum, les conditions de passation des tests.

Halperin, I., Pyne, D. B., & Martin, D. T. (2015). Threats to Internal Validity in Exercise Science: A Review of Overlooked Confounding Variables. International Journal of Sports Physiology and Performance, 10(7), 823–829. http://doi.org/10.1123/ijspp.2014-0566

Ronay, R., & Hippel, W. von. (2010). The Presence of an Attractive Woman Elevates Testosterone and Physical Risk Taking in Young Men. Social Psychological and Personality Science, 1(1), 57–64. http://doi.org/10.1177/1948550609352807

Apprendre à gérer un groupe pour la pratique d’activité physique

27/09/2015

show me a heroL’université du Michigan a mené une étude interventionelle d’envergure pour évaluer les effets d’une intervention de marche collective Walk Your Heart to Health (WYHH). Cette étude visait principalement les quartiers défavorisés à Détroit.

L’intervention durait 32 semaines à raison de trois séances de marche de 90 minutes. Celles-ci reposaient sur des “promoteurs de santé communautaire”. Ils recevaient une formation pour faciliter la cohésion de groupe (voir le tableau). Izumi et al (2015) ont centré leur questionnement sur les effets des comportements des “promoteurs de santé communautaire” et de la cohésion sociale sur la participation aux séances des 602 participant(e)s. La cohésion et la perception du “promoteur” étaient évaluées par questionnaire et la participation au programme définit comme suit : le nombre de semaine(s) où les participants sont venus à au moins une séance de marche.q

Les analyses suggèrent que la cohésion sociale et une perception positive du promoteur sont associées à une participation accrue à 8 et 32 semaines. En revanche, la cohésion centrée sur une tâche (ex: choisir l’intensité de pratique commune) n’est pas associée à la participation.

Bien que cette étude fait état de nombreuses limites, notamment psychométriques, ces premiers résultats appuient l’idée de l’attention qui doit être portée à la façon dont encadre la pratique d’activité physique à des fins de prévention primaire/secondaire. De plus, elle offre une piste pertinente sur des interventions à échelle communautaire adaptées aux caractéristiques sociales d’une population cible. De futures études pourraient s’en inspirer mais en associant une démarche plus forte à la gestion de groupe, par exemple, avec une centration sur les sources de l’auto-efficacité.

Izumi et al. (2015). Leader Behaviors, Group Cohesion, and Participation in a Walking Group Program. American Journal of Preventive Medicine

La revue Santé en Action, numéro sur l’Activité Physique sans Activité Physique Adaptée, si c’est possible !

20/09/2015

inpesLe numéro de La Santé en Action de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) de Septembre 2015 consacre un dossier : « Promouvoir des environnements favorables à la pratique de l’activité physique » (téléchargeable ici).

Le numéro développe un premier article très clair sur le passage de l’intention à l’action dans le domaine de l’activité physique (Déterminants individuels de l’activité physique : revue de la littérature scientifique), suivi d’un riche entretien avec Anne Vuillemin à propos des ressorts d’une stratégie nationale de promotion de l’activité physique. Voici par exemple ce qui est proposé :

  • « Développer et de coordonner les politiques de promotion de l’activité physique bénéfiques pour la santé dans les différents secteurs (santé, sport, environnement, urbanisme, etc.). »
  • « Développer des environnements propices a la pratique de l’activité physique »
  • « Des consultations sur le mode des consultations d’aide à l’arrêt du tabac pourraient voir le jour »

Elle souligne aussi la question de l’article 35 : « à la question Il faut expliquer qu’il s’agit non pas de ≪ faire du sport ≫ à tout prix, mais davantage d’adopter un mode de vie actif, ce qui est diffèrent. Les décisions publiques ne vont pas toujours en ce sens. L’article 35 du projet de loi sur la modernisation du système de santé prévoit ainsi que l’activité physique adaptée, prescrite par les médecins pour les malades en affection de longue durée, soit réalisée dans le cadre d’organismes soumis au code du sport. Cela me semble contreproductif. ».

Par la suite l’article « Promotion de l’activité physique : que les politiques se bougent ! » (Pommier & Ferron) souligne le fait que la concentration unique sur la motivation à l’activité physique sans prendre en compte l’environnement est un échec assuré (voir l’article du blog à ce sujet). Dans ce cadre, les instances politiques doivent jouer leur rôle sur l’aménagement du territoire pour favoriser les déplacements actifs, par exemple.

Le numéro poursuit avec la présentation d’expériences locales. On peut regretter toutefois, qu’aucun article ne traite de la place et du travail de l’enseignant en Activité Physique Adaptée dans le domaine de la santé publique, de la prévention secondaire ou tertiaire. L’emphase est par exemple mise sur le programme Saphyr (plus d’info ici), sur les intervenants « formés sur une seule journée », et sur le fait que 74% des personnes y participant déclarent pratiquer une AP régulière. A la vue du nombre de lecteur important de cette revue et du sérieux de l’INPES, on pourrait s’attendre à un peu plus de sens d’analyse critique, comme par exemple traiter de la question de la sécurité des usagers durant la pratique, de leur suivi, du profil des personnes qui abandonne, ou de la faible sévérité pathologique des participants, de l’évaluation de ce programme….

De plus, encore une fois, on souligne la place majeure du médecin généraliste dans le conseil à l’activité physique avec les mêmes contre-arguments : manque de temps, de connaissance, de professionnels formés en aval… Dommage que la journaliste ne rappelle pas que la pratique personnelle du médecin reste le meilleur facteur prédictif de son intérêt pour la promotion de l’activité physique (comme la référence qu’elle donne dans l’article le souligne) (voir aussi l’article sur ce blog).

En conclusion, on peut légitimement penser que l’INPES a tout à gagner à s’intéresser aux Enseignants en Activité Physique Adaptée et plus approfondir la question du rôle du médecin dans la promotion de l’Activité Physique dans le cadre de la prévention secondaire et tertiaire. Il apparaît aussi légitime de se questionner sur l’absence de tout traitement de l’Activité Physique Adaptée dans ce numéro, comment les responsables de la prévention en France peuvent occulter cette forme de prise en charge qui existe depuis 30 ans en France, à travers une formation universitaire, des études scientifiques publiées, des livres, des professionnels de l’APA dans de nombreux secteurs, et une association qui les représente qui a pignon sur rue.

Quand l’exercice physique n’a pas d’effet sur la santé

17/09/2015

La lecture de l’introduction du délicieux du Routledge Handbook Mental Health and Physical Activity (Ekkekakis, 2013) souligne un point trop rarement décrit : il existe un biais pro-exercice/activité physique, particulièrement dans le domaine de la littérature scientifique des sciences de l’exercice (« There is pro-exercise bias to, particularly in the exercise literature », p18).

La merditude des choses

La merditude des choses

Un énorme travail est à mener dans sciences de l’exercice physique et de la santé pour améliorer notre sens critique, et reconnaître que parfois les recommandations ne sont pas basées sur des faits ou trop sujet à interprétation. Par exemple, dans les études portant sur des marqueurs psychologiques ou le changement des habitudes de vie, on n’oublie (trop) souvent que l’effet placebo existe (voir la présentation de l’étude sur ce point).

Ainsi pour illustrer mon propos, il suffit de lire le résumé de l’essai clinique LIFE, publié dans la prestigieuse revue JAMA (Sink KM, Espeland MA, Castro CM, & et al, 2015) . Malgré une méthode de qualité et une taille d’échantillon importante, les auteurs concluent « qu’un programme d’activité physique d’intensité modéré de 24 semaines comparé à un programme d’éducation à la santé n’améliore pas la fonction cognitive globale ou ses sous-composante ».

On pourrait illustrer aussi ce biais pro-exercice physique par les excès que l’on peut trouver dans la littérature scientifique ou lors de conférence grand public sur les effets de l’activité physique sur la survie post-cancer. Bien sûr, il y a des études qui existent qui « laissent à penser que » mais affirmer une telle chose doit reposer sur des études initialement conçues avec cet objectif. Or pour l’instant ce sont des analyses secondaires réalisées sur des essais cliniques visant la qualité de vie ou la fatigue (Courneya et al., 2014).

La communauté de l’activité physique et de la santé doit demeurer vigilante sur l’état des connaissances à propos des bénéfices de l’activité physique. Il est d’ailleurs compliqué de trouver des articles sur les effets néfastes de l’exercice physique.

  • Courneya, K. S., Friedenreich, C. M., Franco-Villalobos, C., Crawford, J. J., Chua, N., Basi, S., … Reiman, T. (2014). Effects of supervised exercise on progression-free survival in lymphoma patients: an exploratory follow-up of the HELP Trial. Cancer Causes & Control, 26(2), 269‑276. http://doi.org/10.1007/s10552-014-0508-x
  • Ekkekakis, P. (2013). Routledge Handbook of Physical Activity and Mental Health. Routledge.
  • Sink KM, Espeland MA, Castro CM, & et al. (2015). Effect of a 24-month physical activity intervention vs health education on cognitive outcomes in sedentary older adults: The life randomized trial. JAMA, 314(8), 781‑790. http://doi.org/10.1001/jama.2015.9617

L’intensité « auto-choisie », « libre », ouvre de nouvelles portes dans le champ de l’exercice physique et de la psychiatrie

07/09/2015

De nombreux articles du blog décrivent des études portant sur les effets ou relation entre l’exercice physique ou l’activité physique et la dépression. Dans le cadre précis de la recherche clinique centrée sur l’efficacité de l’AP dans le traitement des épisodes dépressifs majeurs, un nombre important d’études ont menées avec des résultats (dans l’ensemble) positifs. Par la suite, plusieurs chercheurs ont voulu valoriser les type d’EP utilisés (ex : la marche) ou les intensités d’effort (ex : 85% VO2max) ou des programmes spécifiques (ex : haute intensité d’effort fractionnée…).Borg scale

Cependant, en parallèle, un courant a vu le jour en science de l’exercice, décrivant la possibilité de cibler des intensités d’effort non plus « physiologiques » mais « psychologiques ». Ainsi des études sont menées chez des adultes en santé ou des touchés par un trouble physique modéré où on leur demande de par exemple, pédaler à une vitesse où ils ont du plaisir, ou il ne se sente pas trop fatiguée, ou qui leur va. Ces quelques lignes simplifient énormément le propos, mais les curieux peuvent aller lire des écrits (en accès libre) de Pantelis Ekkekakis, un pionnier dans ce domaine.

Un récent article a attiré mon attention sur sujet, car il développe cette idée dans le cadre des troubles dépressifs majeurs avec une méthode sérieuse (Doose et al., 2015). En effet, une équipe allemande a évalué l’effet d’un programme d’exercice physique à intensité « auto-choisie », « libre». L’étude décrit un essai randomisé contrôlé, EP versus liste d’attente.

Le programme testé durait 8 semaines, 3 fois par semaine, avec des séances supervisées d’une heure de groupe en extérieur en forêt encadrées par des professionnels du sport. Les participants courraient ou marchaient en choisissant l’intensité d’effort (évaluée par l’échelle qui illustre l’article) en fonction de leur effort.

Les investigateurs avaient pour objectif principal la réduction du score de l’échelle de dépression HRSD. Les objectifs secondaires étaient le score de dépression à l’échelle BDI, le changement clinique (voir l’article pour le détail), la performance au test de marche de 2 km.

36/10 sujets suivaient le groupe exercice physique. La moitié des sujets recevaient un traitement pharmacologique ou psychologique pour la dépression (voir l’article du blog à ce sujet).

Résultats : Les sujets du groupe EP ont participé à 13.3/23 séance en moyenne, l’intensité d’effort était en moyenne de 11.7. 11/46 sujets ont quitté l’étude pour blessure, cause psychiatrique ou raison personnelle. Le programme d’EP à intensité « auto-choisie », « libre», entraînait une diminution significative du score à l’échelle HSRD en fin d’intervention. Aucun autre changement significatif n’a été obtenu.

Aucune conclusion ferme ne peut être issue de cette étude mais celle-ci a le mérite de changer de paradigme (i.e., physiologiste vs psychologique) sur le choix de l’intensité de l’exercice. Clairement, le programme testé se rapproche aussi beaucoup des pratiques cliniques en activité physique adaptée. Les auteurs obtiennent un très bon taux d’adhésion pas de changement majeurs de la « condition physique ». Ils s’interrogent alors sur le meilleur objectif à avoir une bonne adhésion du participant au programme ou une meilleure « forme » physique pour des individus souvent touchés par plus de pathologies chronique que la population générale.

Cette étude ouvre de nouvelles portes dans le champ de l’exercice physique et de la psychiatrie, mais les limites méthodologiques (relations soignant/soignés peu contrôlées, absence d’informations sur l’AP des participants…) rencontrées sont trop importantes pour conclure clairement.

Affaire à suivre…

Doose et al. (2015).Self-selected intensity exercise in the treatment of major depression: a pragmatic RCT. International Journal of Psychiatry in Clinical Practic

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