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Un conseil aux personnes avec des troubles dépressifs : « faites de l’activité physique à l’intensité que vous souhaitez ! »

11/02/2018

En octobre dernier un article du blogue présentait un essai clinique multicentrique incluant des adultes avec des troubles dépressifs modérés à élevés, répartis en 4 groupes : yoga (n=106), exercice physique de type aérobie de moyenne intensité (n=105), d’intensité élevée (n=99) ou soins usuels (n=310). Les programmes d’activité physique étaient supervisés et réalisés en groupe, 3*55minutes durant 12 semaines. La fréquence cardiaque durant l’effort était contrôlée dans 78 % des séances. Le niveau de dépression était évalué avec l’hétéro-questionnaire de Montgomery (pre-post intervention).Capture du 2018-02-11 17-35-50

Les auteurs concluaient à une absence de différence d’efficacité de l’exercice physique sur la dépression en fonction de l’intensité de pratique en fin d’intervention. En d’autres termes, pratiquer une activité physique à trois reprises durant la semaine, durant 12 semaines, diminue le niveau de dépression de la même manière pour le yoga, l’exercice physique modérément ou très intense.

Cette même équipe, a récemment publié les résultats concernant les effets de cette même étude 12 mois après l’intervention. Résultats =

  • Les bénéfices de l’exercice perdurent dans le temps.
  • Le participants au groupe yoga était ceux qui demeuraient les plus améliorés en comparaison au groupe soins usuels.
  • Les participants au groupe d’activité physique d’intensité élevée ou modérée obtenaient aussi des bénéfices à long terme mais avec une diminution moins importante.

Ces résultats ont une conséquence importante pour les cliniciens souhaitant réaliser la promotion de l’activité physique auprès de leurs patients. En d’autres termes, appliquer les recommandations du Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT). Le message est clair : « faites de l’activité physique à l’intensité que vous souhaitez ! ».

Pour pousser la réflexion : on a tendance à oublier que l’adhésion aux interventions d’activité physique est relativement mauvaise (entre 50 et 60 % des séances prévues sont effectivement réalisées). Imaginez ce que seraient les résultats de l’exercice physique, si on réussissait à motiver les participants à s’entraîner plus régulièrement.

Helgadóttir, B., Forsell, Y., Hallgren, M., Möller, J., & Ekblom, Ö. (2017). Long-term effects of exercise at different intensity levels on depression: A randomized controlled trial. Preventive Medicine, 105, 37–46. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2017.08.008

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Les personnes obèses tirent-elles des bénéfices psychologiques de la participation à une intervention d’activité physique ?

03/02/2018

Sur une idée originale d’Aurélie Baillot, Pre à l’Université du Québec en Outaouais, j’ai eu la chance de participer à un projet de revue de littérature systématique dans le but de répondre à la question inscrite dans le titre de cet article (Baillot et al., 2018). Elle a réuni une équipe pluridisciplinaire afin d’avoir différents points de vue et niveaux d’expertise. J’avoue que ma première réaction était peu enthousiaste : « cela a déjà du être publié » ; « on va crouler sous les articles »…tdecl

Dans la préparation du protocole, les variables psychologiques d’intérêt s’articulaient autours de :

  • la qualité de vie liée à la santé (physique et mentale)
  • le niveau de dépression & d’anxiété
  • l’image du corps.

Nous voulions inclure les interventions qui évaluaient un programme d’exercice physique isolément (c-a-d indépendamment d’interventions nutritionnelles, psychologiques …). Bien entendu, nous anticipions de pouvoir réaliser une série de méta-analyses afin de quantifier les effets, mais surtout identifier les modérateurs comme la durée du programme, l’intervention supervisée ou non, l’intensité de l’effort…

Ok, nous étions prết(e)s à nous lancer dans la recherche effrénée d’articles scientifiques anglopho- ou francophones.

Le résultat a été (plus que) décevant, uniquement 16 essais cliniques au total, trop peu d’études pour l’image de soi et l’anxiété. La majorité des interventions étaient supervisées, duraient moins de 16 semaines. Nos analyses ne nous ont pas permis de confirmer nos hypothèses sur les bénéfices psychologiques de l’activité physique.

Plusieurs constats :

  • la majorité des études incluaient un faible de nombre de participants (les deux études les grandes en terme de participants n’ont pas partagé leur résultats)
  • aucune étude visait initialement l’amélioration d’une composante psychologique
  • quasiment aucune étude ne rapportait la proportion de participants utilisant par exemple un antidépresseur ou un autre psychotrope (voir l’article de blogue à ce sujet)

Conclusion

Plus largement, les sciences de l’activité physique portent un vision inconditionnelle de l’exercice physique comme outils de perte/gestion de poids. Or il apparaît que l’impact potentiel psychologique n’est que très peu envisagé/testé. Cela a une conséquence méthodologique forte : les chercheurs portent leur(s) intérêt(s) sur des variables « physiologiques » ou « biologiques » qui nécessitent moins de participants d’étude pour obtenir « un effet statistique important ». En conséquence, ils mesurent quand même une ou des variables psychologiques (on se demande pourquoi parfois) mais ils manquent systématiquement de puissance statistique pour discriminer un potentiel effet. Autrement dit les variables psychologiques sont toujours au second plan ! Il y a un besoin important d’études interventionnelles PLURIDISCIPLINAIRES dédiées aux questions des effets psychologiques de l’activité physique.

Cette revue doit aussi amener les lecteurs à examiner l’écart entre la communication à propos des effets de l’exercice physique et les données probantes. Le mouvement « exercise is medicine » en est la première victime/complice. L’activité physique n’est pas une pilule magique, mais les chercheurs dans le domaine de l’activité physique peuvent être victime du biais d’allégeance, biais très décrit dans l’évaluation des psychothérapies pas exemple (plus d’informations ICI ou LA).

Pour les curieux, l’article est disponible ici.

Baillot, A., Saunders, S., Brunet, J., Romain, A. J., Trottier, A., & Bernard, P. (2018). A systematic review and meta-analysis of the effect of exercise on psychosocial outcomes in adults with obesity: A call for more research. Mental Health and Physical Activity, 14, 1–10. https://doi.org/10.1016/j.mhpa.2017.12.004

L’activité physique pour mieux échanger avec les personnes qui m’entourent ?

26/01/2018

nebraska-maxresdefaultLes croyances populaires attribuent de (trop) nombreux bénéfices à l’activité physique. Parmi eux, le fait qu’une pratique physique régulière d’activité physique est un puissant outil de lutte contre l’isolement, notamment chez les personnes âgées. Une équipe de Birmingham au Royaume-Uni a souhaité traiter cette question en effectuant une revue de littérature systématique qui questionnait les effets de l’activité physique sur 5 indicateurs sociaux :

  1. la solitude,
  2. l’isolement social,
  3. le soutien social,
  4. le réseau social et
  5. le fonctionnement social (1).

Ils ont identifié 23 études représentant plus de 5200 participants. Celles-ci devaient tester l’effet d’une intervention d’activité physique chez des personnes de plus de 60 ans. La moitié des programmes incluaient aussi une activité sociale couplée à l’activité physique (ex : éducation à la santé, atelier cuisine). Les durées d’intervention s’étalaient de 6 à 54 semaines. Un tiers des études souffraient de limites méthodologiques importantes. Les auteurs ont mené une méta-analyse par indicateur social (quand c’était possible).

Une absence d’effet de l’activité physique est à noter pour le soutien social et le réseau social. En revanche, les interventions amélioraient significativement le fonctionnement social des participants âgés (avec une taille d’effet faible). Malheureusement, le nombre insuffisant d’études ne permettait pas aux auteurs de se prononcer à propos de la solitude et de l’isolement social.

Comme souvent dans les méta-analyses de ce type, les sous-analyses sont très intéressantes. Ainsi les programmes d’activité physique sans une activité associée montraient un effet plus important, mais aussi les interventions supervisées par un spécialiste. Cette revue de la littérature était nécessaire afin de confronter les croyances populaires aux faits disponibles dans la littérature scientifique (anglophone).

A la lecture de l’article, un Enseignant en Activité Physique Adaptée, un Kinésiologue ne doit pas être déçu, mais s’interroger sur les composantes de sa programmation d’activité physique qui pourraient majorer les effets sur le soutien social et le réseau social. On pense, par exemple, aux Enseignants en Activité Physique Adaptée qui évoluent dans des réseaux de santé ou à domicile qui peuvent modifier leurs pratiques professionnelles afin de favoriser les échanges, les aides inter-générationnelles, les « patient-pairs »… Peut-être que les réseaux sociaux, même chez les personnes âgées, ont un rôle à jouer.

1. Shvedko A, Whittaker AC, Thompson JL, Greig CA. Physical activity interventions for treatment of social isolation, loneliness or low social support in older adults: A systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Psychol Sport Exerc. 2018;34:128-137. doi:10.1016/j.psychsport.2017.10.003

Une histoire populaire du sport aux États-Unis: pour voir le sport autrement

13/12/2017

Capture du 2017-12-13 17-15-38L’article suivant devait sortir des chemins battus et présenter le passionnant ouvrage, Une histoire populaire du sport aux États-Unis de Dave Zirin (Editions Lux). Une lecture incroyable, qui fait regretter les cours d’histoire dans le cursus Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives. En préparant mon écrit, j’ai découvert trois articles largement au dessus de mon résumé alors j’ai rangé mon article et vous propose d’aller les lire, ils se complètent très bien.

  1. L’autre histoire des sportifs américains (Olivier Villepreux)
  2. Une histoire populaire du tennis aux États-Unis. Quelques notes au sujet de l’ouvrage de Dave Zirin.
  3. Politiques musculaires (Claude Grimal)

Pour l’anecdote, liée au Québec, voici, un extrait concernant Jackie Robinson qui a été le premier joueur noir à évoluer dans la ligue majeure de Base-ball, c’est à dire « non-noire ».

170px-Jackie_Robinson_No5_comic_book_cover« Le premier géant à qui Robinson a eu affaire dans les ligues mineures a été Clay Hopper, des Royals de Montréal. Ce sudiste a tôt fait de se plaindre du comportement de son nouveau joueur. Les lèvres tremblantes, Hopper a demandé à son patron : « Mr Rickey, croyez-vous vraiment qu’un nègre est être humain ? » Chaque matche de l’équipe de Montréal;, qu’il ait lieu à Harlem ou à Watts, était suivi d’un zèle intempestif, et chaque passage à la zone de prise était un test visant à vérifier si les afro-américians avaient « ce qu’il fallait » pour réussir au base-ball. »

Augmenter l’utilisation des escaliers avec de simples signaux: cela fonctionne ? (suite)

05/12/2017

19869288Une étude française parue le mois dernier s’intéresse à la question des signaux dans les escaliers pour mobiliser les utilisateurs (Allais et al. 2017). La rédaction et la méthode de l’article est remarquable. Les auteurs ont, chose rare, inclus une vidéo au sein de l’article en ligne rendant aisée la compréhension de leur méthode.

Au sein de trois stations de métro comparables (dont 1 contrôle), ils ont mis en place une étude interventionnelle de trois semaines, entre avril et Juillet 2014 pour tenter de répondre aux questions suivantes :

  1. les « signaux facilitant une décision rapide » augmentent-ils la fréquence individuelle d’utilisation des escaliers ;
  2. ce changement est-il persistant sur le temps ? ;
  3. les effets varient-ils en fonction du type de message (c-a-d faible coût immédiat versus bénéfices futurs [voir les photographies]).

Cette étude a deux avantages majeurs par rapport aux précédentes publications : les chercheurs ont ciblé les utilisateurs prenant moins de 2 fois les escaliers les 2 premières semaines sans intervention, à l’aide d’un logiciel dédié analysant les vidéos. Ainsi, les résultats sont basés sur des utilisateurs précis et non simplement une fréquence générale d’utilisation. Second intérêt, l’intervention et les mesures se déroulaient sur 3 (intervention) +3 (suivi) semaines, pouvant ainsi réellement mesurer un changement « réel » d’habitude.

Résultats: La proportion d’augmentation de l’utilisation des escaliers était respectivement de 9 et 4 % pour la station avec le message « faible coût » versus « bénéfice », puis chute de 22 et 54 % post intervention.Capture du 2017-12-03 19-37-31

Les auteurs soulignent que l’intervention entraîne une augmentation de l’utilisation des escaliers quasi immédiat, mais cet effet décroît déjà après une semaine. Dans le meilleur des cas, l’effet perdurait plus légèrement deux semaines post-intervention. Il apparaît que les signaux dans l’escalier ne favorisent pas un changement d’habitude.

Les auteurs suggèrent qu’une intervention plus longue, pourrait augmenter l’exposition aux signaux et ainsi peut être modifier le comportement des utilisateurs. Cette étude expérimentale souligne l’intérêt et les limites de ce type d’intervention. Si les effets immédiats semblent souvent retrouvés, à la suite de la mise en place de ces signaux, ils apparaissent comme momentanés. A titre d’exemple, dans la dernière revue systématique sur ce sujet, Bauman et al. 2017 ne trouvent pas que l’efficacité est majorée dans les interventions plus longues (inclusion des études jusque 2014). Ils « militent » même pour un déploiement national d’installation de « signaux facilitant une décision rapide » au sein des bâtiments ou transport en commun. A la vue, des trois derniers articles du blogue, cela pourrait être discutable, surtout que l’évaluation économique de ce type d’intervention pourrait demeurer très ardue.

  • Allais, O., Bazoche, P., & Teyssier, S. (2017). Getting more people on the stairs: The impact of point-of-decision prompts. Social Science & Medicine, 192, 18–27. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2017.09.006
  • Bauman, A., Milton, K., Kariuki, M., Fedel, K., & Lewicka, M. (2017). Is there sufficient evidence regarding signage-based stair use interventions? A sequential meta-analysis. BMJ Open, 7(11), e012459. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2016-012459

Augmenter l’utilisation des escaliers avec de simples signaux: cela fonctionne ?

26/11/2017

Le dernier article abordait la question de l’efficacité « nuancée » des techniques de nudging « manipulation douce » dans le domaine de l’activité physique et de la sédentarité. Des échanges avec plusieurs chercheurs (merci Zachary Zenko) ont débouché sur plusieurs autres lectures.

cite-de-la-peur-1994-11-gEn 2010, une revue systématique de la littérature a exploré la question des effets des « signaux facilitant une décision rapide » (point of decision prompts) sur l’utilisation des escaliers (Soler et al. 2010). Ces signaux sont considérés comme des informations motivationnelles, placées sur ou près des escaliers afin d’encourager les personnes à les utiliser. Ils peuvent être couplés ou non avec des modifications des cages d’escaliers (musique, couleurs…). Les auteurs ont distingué les études utilisant uniquement les « signaux facilitant une décision rapide » (15 études) et modifications de cage d’escalier.

Onze études demeuraient de bonne qualité pour les inclure dans les analyses statistiques. Les signes utilisés près ou sur les escaliers étaient : des empreintes de pas, des messages de santé, des messages motivationnels. L’utilisation des marches pré-intervention était comprise entre 1.7 et 39.7 % et l’intervention entraînait une utilisation comprise entre 4 et 42 %.

Les 11 études représentaient 21 interventions différentes (menées dans des endroits variés : gare, magasins…), 15 augmentaient significativement l’utilisation des escaliers contre 2 ayant des effets délétères. Le niveau initial d’utilisation des escaliers n’influençait pas les résultats.

Les interventions améliorant l’utilisation des escaliers avaient toutefois un effet relativement faible, majoritairement sous les 20% d’augmentation de fréquence à court terme.

Très peu de résultats étaient disponibles à propos de la prolongation des effets dans le temps ainsi que de la modification des cages d’escalier. Cette publication vient donc nuancer les résultats du précédant article. A la lecture du détail des interventions, les signaux « explicites » (ex message de santé) semblent plus nombreux en comparaison à uniquement l’utilisation de pas colorés au sol (implicites). Cette distinction explicite/implicite devrait nuancer le terme d’interventions dits de « nudging » car, à ma connaissance, cela correspond plus majoritairement à des interventions plus implicites.

Voir aussi un précédant article sur la promotion de l’utilisation des escaliers.

Soler, R. E., Leeks, K. D., Buchanan, L. R., Brownson, R. C., Heath, G. W., & Hopkins, D. H. (2010). Point-of-Decision Prompts to Increase Stair Use. American Journal of Preventive Medicine, 38(2), S292–S300. https://doi.org/10.1016/j.amepre.2009.10.028

Augmenter l’activité physique par des stratégies de ‘nudging’ : peu de preuves scientifiques disponibles

14/11/2017

La question de l’économie comportementale, plus particulièrement d’une de ses sous-composantes très médiatisée est le nudging ou l’incitation ‘douce’.Un blogue en donne un définition claire 

« Un nudge est une incitation douce à adopter ou modifier un comportement, qui préserve le libre choix de l’individu, tout en l’orientant plus ou moins consciemment vers un choix souhaité par le décideur, bénéfique pour toutes les parties (les utilisateurs d’un service, l’acteur économique, la collectivité…). Le dispositif vise à agir sur l’environnement pour susciter une modification des comportements des individus de leur propre chef, sans les contraindre. La mesure de son efficacité fait partie intégrante du dispositif. »

Facile à médiatiser, car souvent basé sur modifications de l’environnement plaisantes, la vidéo d’un escalier rendu sonore a fait l’objet d’une large diffusion. Dans la champ de la santé, des études ont été mises en place pour cibler des comportements tels que le don d’organe, la consommation de fruits et légumes ou encore d’alcool.

Quand est-il dans le domaine de l’activité physique ou de la sédentarité ? Un examen rapide de la littérature ne semble pas fournir beaucoup de données probantes à ce sujet. On trouve plusieurs revues de littérature ou avis (Cohn & Lynch, 2017) sur ce sujet mais les études empiriques semblent rares (Marteau et al. 2011).

Une étude acceptée dans Psychology & Health (accès libre) se centrait sur l’augmentation de la fréquence de travail debout chez des employés du tertiaire ayant à disposition un bureau assis-debout (Venema et al. 2017). Après 2 Capture du 2017-11-14 21-27-14semaines d’observation et de mesures, les chercheurs ont modifié les bureau afin que la station debout soit la station par défaut à l’arrivée des employés le matin durant deux semaines, tout en continuant les mesures. Le taux de travail debout dans la journée est passé de 1.8 à 13.1 %. Une fois que l’intervention a été supprimée, ce taux est tombé à 10 % Capture du 2017-11-14 21-29-45deux semaines plus tard, puis 7 à deux mois. De plus, les chercheurs par des mesures auto-rapportées ont conclu à une augmentation significative de l’intention de travailler debout.

Une seconde étude (accès libre) visait l’augmentation de l’utilisation des escaliers versus l’ascenseur (Åvitsland et al. 2017). L’intervention était en 2 temps, on collait des traces de pas, puis inscrivait des messages sur les marches. Les chercheurs comparaient l’effet de leur intervention à un second site ou aucune intervention n’était réalisée. Le résultat est sans appel, l’intervention a significativement fait RÉDUIRE l’utilisation des escaliers. Le titre de l’article vaut d’ailleurs le détour « la promotion des escaliers au travail : parfois, ne pas intervenir est le mieux ». Capture du 2017-11-14 21-30-47

Ce bref article, veut souligner l’écart important entre un approche scientifique, sa (sur)médiatisation et l’état de la littérature scientifique. C’est une théorie intéressante qui peut s’avérer efficace dans certains contextes pour certains comportements, mais il apparaît que pour l’activité physique ou la sédentarité les preuves sont minces. Pour les curieux, une récente intervention de type nudging pour améliorer le prise médicamenteuse a récemment échoué dans sa tentative à modifier le comportement de manière durable afin de réduire le risque de mortalité de personnes cardiopathes (Volp et al., 2017).

  • Åvitsland, A., Solbraa, A. K., & Riiser, A. (2017). Promoting workplace stair climbing: sometimes, not interfering is the best. Archives of Public Health, 75(1). https://doi.org/10.1186/s13690-016-0170-8
  • Cohn, S., & Lynch, R. (2017). Falling into a routine: from habits to situated practices. Sociology of Health & Illness. https://doi.org/10.1111/1467-9566.12597
  • Marteau, T. M., Ogilvie, D., Roland, M., Suhrcke, M., & Kelly, M. P. (2011). Judging nudging: can nudging improve population health? BMJ, 342(, d228–d228. https://doi.org/10.1136/bmj.d228
  • Venema, T. A. G., Kroese, F. M., & De Ridder, D. T. D. (2017). I’m still standing: A longitudinal study on the effect of a default nudge. Psychology & Health, 1–13. https://doi.org/10.1080/08870446.2017.1385786
  • Volpp, K. G., Troxel, A. B., Mehta, S. J., Norton, L., Zhu, J., Lim, R., … Asch, D. A. (2017). Effect of Electronic Reminders, Financial Incentives, and Social Support on Outcomes After Myocardial Infarction: The HeartStrong Randomized Clinical Trial. JAMA Internal Medicine, 177(8), 1093–1101. https://doi.org/10.1001/jamainternmed.2017.2449

« ASSOYEZ-VOUS MOINS (et bougez plus)»

28/09/2017

19062292L’Anses a mis un document à destination des professionnels de l’activité physique, de l’éducation et de la santé intitulé : Synthèse pour les professionnels des recommandations de l’Anses de février 2016 sur l’activité physique et la sédentarité. Ce type de document demeure utile pour rappeler aux professionnels de développer/modifier leurs pratiques en fonction de lignes directrices. La présentation est relativement sommaire et fait échos de manière récurrente à la question de la dose d’activité physique.

Par une vision biomédicale appliquée à l’AP, l’identification de la dose optimale dans les relations AP marqueurs de santé a été très étudiée. Pour rappel, le concept de dose-réponse est un des critères de Hill pouvant participer à l’établissement de la causalité entre une « exposition » et une « maladie ».  Warburton & Bredin ont publié une revue de littérature à ce propos en s’interrogeant sur cette idée de dose-réponse entre l’AP et la santé et de son utilisation (Warburton and Bredin, 2016). Après avoir rappelé les associations inverses entre doses d’AP et la mortalité ou différentes incidence de pathologies chroniques, il étaye plusieurs constats.

  • Bien que 150 minutes d’AP modérée à vigoureuse entraîne des bénéfices pour la santé importants, un volume équivalent à la moitié ou moins à des bénéfices majeurs chez les personnes inactives.Capture du 2017-09-28 13-24-32
  • Les instances nationales recommandent très souvent la dose de 150 minutes d’AP modérée à vigoureuse et ajoutent « et plus c’est mieux ». Or de nombreuses études soulignent les effets délétères de doses d’AP trop importantes (voir un précédent article sur ce blogue à ce propos). Autrement dit, cette relation n’est jamais linéaire.
  • Une augmentation, aussi petite soit elle, d’AP modérée à vigoureuse chez des personnes inactives entraîne une réduction marquée du risque de maladie chroniquesCapture du 2017-09-28 13-25-12
  • Ils soulignent que pour de nombreuses pathologies, les recommandations en terme de dose restent arbitraires et que nous avons besoins d’un nombre plus important d’études ainsi que d’examiner l’effet contextuel de la sédentarité accrue.
  • Ils poursuivent par une critique des lignes directrices canadiennes en terme d’AP qui soulignent que les adultes « doivent » atteindre 150 d’AP modérée à vigoureuse par semaine. Ils soulignent que cela est une interprétation erronée des données probantes, que le « devraient » serait plus approprié. Il se prononce en faveur d’un message du type « chaque effort compte pour la santé ».

Le document de l’ANSES souligne dans son introduction : « Il est important de rappeler que ces repères représentent un idéal vers lequel il faut tendre. Toute quantité d’activité physique même inférieure aux repères procure un bénéfice pour la santé, et le dépassement des recommandations permet le plus souvent d’augmenter ce bénéfice. ». A la vue, des arguments de Warburton & Bredin, ils seraient presque satisfaits.

Comme de nombreuses fois souligné dans ce blogue, il y a un besoin d’approche transdisciplinaire pour traiter de la question des lignes directrices en activité physique & santé. La vision, pour l’instant, est quasi-uniquement médicale.

Warburton, D.E.R., and Bredin, S.S.D. (2016). Reflections on Physical Activity and Health: What Should We Recommend? Can. J. Cardiol. 32, 495–504.

Aider les étudiants de médecine à promouvoir l’Activité physique: une intervention brève ?

31/08/2017

Nous avons abordé à plusieurs reprises la question de la promotion de l’activité physique par des médecins de famille, des médecins généralistes. Les lecteurs assidus connaissent les facteurs qui prédisent la promotion de l’AP, ou se rappellent aussi qu’en dépit des nombreuses recommandations l’AP est quasi-absente des formations en médecine (Si l’activité physique est une médecine où est l’activité physique en médecine ?).

192862Une équipe d’Irlande du nord a décidé d’avancer sur cette question, avec une étude assez originale présentée ci-après (article disponible cooke2013). Cette équipe, composée de chercheur-enseignants en Département de médecine générale, a sollicité des étudiants de 4e année de médecine durant le stage en soins primaires (1 semaine de cours + 3 semaines de stage). Leurs principes de départ étant le suivant : les habitudes d’AP des étudiants en médecine influence la fréquence et leur confiance à promouvoir l’AP auprès de leur patients (ce sont peut être des lecteurs du blogue?). Dans ce cadre, si on modifie leurs propres habitudes, ils pourraient modifier leurs activités cliniques. Les auteurs de reposent sur la notion d’apprentissage expérientiel, partir de leurs propres expériences afin de modifier leur pensées et activer une réflexion personnelle sur la question de l’AP.

1er semaine : L’ensemble des participants disposaient d’un podomètre et d’un livret pour noter leur nombre de pas quotidiens, ils recevaient un message texte bi-hebdomadaire afin de leur rappeler de porter un le podomètre. Ils participaient ensuite à un cours sur la question du changement de comportent.

2nd semaine : Randomisation /

  • Le groupe contrôle (66 participants) discutait des problèmes rencontrés durant cette 1er semaine et on leur demandait de poursuivre l’enregistrement de leurs pas la semaine qui suivait.
  • Le groupe interventionnel (70 participants) suivait la même procédure, mais ils devaient rédiger leur objectif personnel de nombre de pas pour la semaine suivante.

Les critères de jugements étaient la différence de nombre de pas entre les 2 semaines ainsi que l’évolution des scores de marqueurs motivationnels centrés sur leurs confiance et leur intention à promouvoir l’AP comme clinicien (basé sur la Théorie du Comportement Planifié) 4 et 9 semaines plus tard. Les investigateurs de l’étude ont aussi réalisé des focus groupe avec une partie des participants.

Résultats : Le groupe interventionnel a augmenté son nombre de pas de 1310 pas quotidien en moyenne (environ 10 à 15 minutes par jour). En revanche, les marqueurs motivationnels, n’ont pas été modifié par l’intervention. Les analyses qualitative soulignent que l’auto-mesure de l’AP a majoritairement impacté les participants (des 2 groupes) sur les possibilités d’identifier les barrières à l’AP pour leur patients. Ils soulignent aussi l’impact majeur (négatif ou positif) des habitudes cliniques de leur mentor de stage (c’est à dire la norme subjective).

Cette étude est réellement riche d’enseignement pour qui veut réfléchir à la promotion de l’AP en contexte clinique. Elle illustre la possibilité d’intégrer des interventions de formations brèves au sein des cursus universitaires afin de modifier les pratiques cliniques. Il est certain qu’elle nécessite l’intégration de psychologues de la santé au sein des enseignements de médecine, et qui sait, cela pourrait faire évoluer les ‘normes’ de promotion de l’AP.

Cooke, P. A., Tully, M. A., Cupples, M. E., Gilliland, A. E., & Gormley, G. J. (2013). A randomised control trial of experiential learning to promote physical activity. Education for Primary Care, 24(6), 427–435.

Relation inverse entre l’activité physique et la fréquence des idées suicidaires

25/08/2017

leftovers-season-3-episode-5-mattUne méta-analyse vient d’être mise en ligne il y a quelque jours (Vancampfort et al. 2017), afin de traiter la question de l’association entre activité physique (AP) et la fréquence des idées suicidaires.

Parmi 21 études identifiées dans la littérature, 14 concluaient à une relation inverse entre le niveau d’AP et la fréquence des idées suicidaires. Les analyses (réalisées chez 122 395 personnes, [adolescents, adultes, personnes âgées]) suggèrent qu’un niveau d’AP correspondant aux recommandations internationales à un effet protecteur sur la fréquence des idées suicidaires (OR=0.91, 95%CI=0.51-0.99, P=0.03). Des résultats similaires ont été obtenus pour le niveau d’AP général.

Les auteurs examinaient aussi les effets des interventions d’exercice physique menées chez des participants à risque de passage à l’acte. L’exercice physique était systématiquement combiné à une intervention psychologique. Uniquement trois études ont été réalisées, avec des échantillons de faible taille rendant des conclusions impossibles sur les effets de l’exercice physique.

Même si la totalité des études observationnelles ont un devis transversal, cette publication est la première preuve que l’AP pourrait un jouer un rôle protecteur sur les idées suicidaires. Cette étude ajoute un argument supplémentaire en faveur de l’activité physique comme outil de la promotion de la santé mentale.

Vancampfort, D., Hallgren, M., Firth, J., Rosenbaum, S., Schuch, F.B., Mugisha, J., Probst, M., Van Damme, T., Carvalho, A.F., and Stubbs, B. Physical activity and suicidal ideation: a systematic review and meta-analysis. J. Affect. Disord. doi: 10.1016/j.jad.2017.08.070

Transport actif, santé et politiques publiques – Une journée pour en discuter

18/06/2017

J’ai eu le plaisir de participer à une table ronde lors d’une journée organisée par l’Institut Santé et Société (ISS) de l’Université du Québec à Montréal. Une vision pluridisciplinaire de la question du transport actif, avec bien entendu des exemples ‘made in Montréal’.  Le blogue Hinnovic a rapporté dans un article et des interviews audio, les idées échangées durant cette très agréable journée. Je vous invite à lire et écouter ce compte-rendu réalisé par J.Bouchez.

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Habitudes de vie et trouble de santé mentale, changer de perspective

13/06/2017

lwzasc65ahseigmrvuwnDeux lettres à l’éditeur viennent d’être mise en ligne, avec un point commun ; souligner qu’une réelle stratégie de prévention des troubles somatiques doit être mise en œuvre dans les soins apportés aux personnes accueillies dans les services de psychiatrie.

Ahmed Jérôme Romain en est l’initiateur. Il argumente en faveur de stratégies de changement des habitudes de vie (alimentation, activité physique) des la mise en place d’un traitement antipsychotique (Romain, 2017). Il présente les effets de ce type d’intervention sur la limitation de la prise de poids et les potentiels effets bénéfiques secondaire comme l’adhésion au traitement. Le point clé à souligner demeure le changement de perspective autours du poids. Ainsi, ce sont les comportements quotidiens, l’organisation des soins qui influencent les habitudes de vie qui sont à repenser, et cesser de mettre la focale uniquement sur le perte de poids comme « simple » objectif d’un programme d’exercice physique par exemple (lien vers le texte).

La seconde lettre est une réaction à un article publié dans L’Encephale qui déplorait qu’à l’heure d’aujourd’hui, il demeurait des services de santé mentale où les dossiers médicaux somatiques et psychiatriques étaient séparés (Romain and Bernard, 2017). Elle étaye le besoin de systématiser les stratégies d’aide au changement de comportement (tabagisme, alimentation, activité physique…). Le constat est simple des conseils l’arrêt du tabac, la nutrition et l’activité physique sont rapportés (dans le meilleur des cas) dans 12, 6 et 4 % des entretiens avec un psychiatre (Himelhoch and Daumit, 2003).

Voici la conclusion : « Face à l’accumulation de données probantes, il apparaît nécessaire d’élargir le spectre des soins somatiques en psychiatrie à la prévention primaire, secondaire et tertiaire. Ce changement de culture des soins pourrait passer par la formation des professionnels de la psychiatrie aux techniques de changement de comportements et l’intégration, dans les services de psychiatrie, de tabacologues, enseignants en activité physique adapté/kinésiologues et de diététiciens. Ces derniers pourraient soutenir des changements de comportement adaptés et à long terme. » (lien vers le texte)

Voir un article du blogue en 2013 sur ce même sujet

Déclaration d’intérêt : co-auteur de la seconde lettre

  • Himelhoch, S., and Daumit, G. (2003). To whom do psychiatrists offer smoking-cessation counseling? Am. J. Psychiatry 160, 2228–2230.
  • Romain, A.J. (2017). An ounce of prevention outweighs kilograms of weight loss. Psychiatry Res. 0.
  • Romain, A.-J., Bernard, P. (2017). Élargir les soins somatiques en psychiatrie à la prévention. L’Encéphale 43, 298–299.

L’entraînement fractionné de haute intensité, la meilleure solution pour perdre du poids ?

25/05/2017

RunFatBoyRun4L’entraînement fractionné de haute intensité (HIIT, (« High Intensity Interval Training« )) est un type d’entraînement qui combine des courts intervalles d’effort d’intensité (très) élevée et des périodes fixes d’activité moins intense. Ce type de programme d’exercice physique est très médiatisé et souvent présenté comme la méthode la plus efficace pour perdre du poids. Mais que disent les études ? Es-ce basé sur des données probantes ?

Dans le numéro de Juin, la revue Obésité Reviews publie une méta-analyse qui recense les études interventionnelles avec un groupe contrôle qui utilise un programme de type HIIT ou d’intensité modérée continue (Wewege et al., 2017). Les études devaient recruter uniquement des adultes de 18-45 ans en surpoids ou obèses sans comorbidité somatique.

Les analyses statistiques (sur 13 études) montrent que les deux types d’intervention entraînent une diminution significative de la masse grasse corporelle (~2kg) et du tour de taille (~3cm). Il n’y a aucune différence significative entre l’entraînement de type HIIT ou d’intensité modérée continue sur ces marqueurs (même magnitude). Les taux de sortie d’étude, d’adhésion ne sont pas différents. Très peu d’études renseignent les effets négatifs de l’exercice (e.g., déchirure musculaire, douleurs articulaires…).

Cette étude permet réellement de relativiser le potentiel de l’entraînement HIIT sur l’entraînement plus ‘classique’. De plus, le nombre d’étude est faible et la quasi totalité des études inclues sont réalisées sur de très petits effectifs (<15 participants). En conséquence, il est impossible de comparer ces entraînements sur le changement des habitudes de vie ou le maintien de la perte de masse grasse à moyen terme. Plus largement, on peut s’interroger sur l’intérêt du HIIT si celui-ci n’est utilisé qu’avec des sujets ‘non comorbides’, ce qui éloigné de la réalité clinique.

Le type et le niveau d’activité physique sont liés à la santé mentale chez des adultes vivant dans les quartiers défavorisés.

04/05/2017

ccq-PPhil Mason et al. ont publié une étude transversale intéressante sur deux points : les participants (peu étudiés dans le champ de l’activité physique) et la caractérisation de l’ activité physique (AP) (ici les auteurs distinguent niveau d’AP : faible, modéré, élevé et types d’activité [tâches ménagères, déplacement actif..]). (voir aussi un précédent article) Il posait 3 questions : comment les types et niveaux d’AP différent parmi les participants, les niveaux d’AP différent-ils en fonction de la diversité des types d’AP et comment le type et niveau d’AP sont associés à la santé mentale.

2654 participants adultes vivant dans divers quartiers défavorisés de différentes villes écossaises ont répondu aux questionnaires d’AP (e.g., IPAQ) et de santé mentale (i.e., WEMWBS). Des analyses multi-niveaux ont utilisées afin de prendre en compte la structure hiérarchique des données.

Comment les types et niveaux d’AP différent parmi les participants ?

  • Le niveau d’AP le plus bas était retrouvé chez les femme de plus de 40 ans, sans emploi.
  • 29 % des participants déclarait être touché par une affection de longue durée.
  • Le type d’AP était influencé par le degrés d’obligation. Par exemple, les personnes avec emploi réalisaient plus de transport actif.Capture du 2017-05-04 09-16-04

Les niveaux d’AP différent-ils en fonction de la diversité des types d’AP ?

  • Un plus haut niveau d’AP était associé à l’AP au travail, le transport actif au loisir et aux activités de famille.
  • Le plus important est que la diversité des types d’AP était associée à un plus haut niveau d’AP.
  • L’écart entre les types d’AP était peu expliqué par la variation entre les quartiers.

Comment le type et niveau d’AP sont associés à la santé mentale ?

  • L’AP de loisir et les activités familiales sont associées à une augmentation de plus de 1,5 au score de bonne santé mentale, INDÉPENDAMMENT du niveau d’AP.
  • L’association positive entre le transport actif et une meilleur santé mentale est retrouvée uniquement chez les personnes déjà hautement actives.
  • Un haut niveau d’AP n’était pas associé à une meilleure santé mentale.
  • Chez les adultes avec une atteinte de longue durée, l’AP de type tâche ménagère et au travail était associé positivement à la santé mentale.
  • Quand on s’intéresse à la diversité des types d’AP, celle-ci influence positivement la santé mentale chez les adultes déjà hautement actifs.

Que retenir ?

Promouvoir la diversité des types d’AP pourrait être un facteur clé pour faciliter l’augmentation de l’Activité Physique des personnes vivant en milieu défavorisé.

Le transport actif est un facteur important pour aider les personnes à atteindre un niveau d’AP modéré.

Clairement, cette étude fournit des informations non négligeables pour lutter contre les inégalités sociales dans le cadre de la santé publique.

Mason, P., Curl, A., & Kearns, A. (2016). Domains and levels of physical activity are linked to adult mental health and wellbeing in deprived neighbourhoods: A cross-sectional study. Mental Health and Physical Activity, 11, 19–28. https://doi.org/10.1016/j.mhpa.2016.07.001

Déterminants du transport actif chez des mères de Californie, perspectives sur l’activité physique

17/03/2017

Dans un précédent article, nous avons présenté des travaux qui illustraient la complexité de l’activité physique (AP) (voir exemple), en terme de durée, intensité, buts de pratique, type de pratique dans un échantillon d’adulte français.

tu dors nicole 1Rebecca Lee a développé des études sur ces différents types d’AP et leurs variations respectives en fonction de facteurs socio-économiques. L’article résumé se centre particulièrement sur le transport actif. Les auteurs soulignent que les mesures de l’AP uniquement centrées sur les AP de loisirs pourraient entraîner une vision trop restreinte de l’AP, notamment chez des personnes avec de plus faibles moyens. Dans un autre exemple, ils soulignent que les adultes avec des marqueurs socio-économiques bas, ont une part d’AP au travail beaucoup plus élevée.

L’étude investiguait les relations entre l’AP de loisirs, au travail et dans les transports actifs dans un échantillon représentatif des mères de Californie. Des analyses étaient aussi réalisées afin d’identifier les déterminants du transport actif soit réalisé pour aller au travail (pour celles en ayant un), soit réalisé dans l’ensemble des déplacements (excepté ceux liés au travail).

La totalité des mesures étaient réalisées avec des questionnaires auto-rapportés chez environ 2900 participants. Les prévalences de transport actif réalisé pour aller au travail étaient comprise entre 12,8 et 15,1 % en fonction des tranches d’âge. Les prévalences de transport actif réalisé hors travail étaient comprise entre 8,5 et 10 % en fonction des tranches d’âge.

Les analyses multivariées exploraient les associations entre déterminants socio-économiques et transport actif, en contrôlant les analyses pour des facteurs individuels et le niveau d’AP de loisirs ou au travail.

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Les images ci-dessus synthétisent les associations significatives.

Globalement, les indicateurs de faible niveau socio-économique sont associés au transport actif, résultats contraires à ce qui a été retrouvé en Europe. Cette étude ne trouve pas d’association entre les différents types d’AP, on peut penser qu’il y a une absence de compensation entre les différents types d’AP. En conclusion, la promotion de l’activité physique devrait viser plusieurs types d’activité physique.

Merci à KSO pour l’article

Lee, R. E., Lorenzo, E., Heck, K., Kohl, H. W., & Cubbin, C. (2017). Interrelationships of physical activity in different domains: Evidence from the Geographic Research on Wellbeing (GROW) study. Journal of Transport & Health. https://doi.org/10.1016/j.jth.2017.02.004

Quels sont les facteurs qui entraînent la sortie d’une intervention d’activité physique chez des adultes avec un trouble mental sévère ?

19/02/2017

dropout_1970_filmDeux auteurs bien connus chez les lecteurs de littérature scientifique sur l’activité physique en psychiatrie ont respectivement produit une revue de la littérature sur la question de la sortie des interventions d’activité ou d’exercice physique dans les études cliniques.

Si en premier lieu, ces travaux pourraient sembler intéressants uniquement chez les chercheurs, ils sont aussi riches d’enseignement pour les cliniciens (kinésiologues, Enseignant en APA, psychiatres, psychologues…). En effet, les auteurs livrent les taux d’abandon d’étude et examinent statistiquement les facteurs associés à ces sorties. Même si les détracteurs des essais cliniques soulignent souvent que les participants aux études sont moins « sévèrement » affectés que la population ciblée, il est possible de penser que ces résultats sont transposables dans la pratique clinique, mais que les prévalences et associations statistiques soient plus ou moins marquées dans la réalité.

Stubbs et al. (2016) ont réalisé une revue de la littérature afin d’inclure l’ensemble des essais cliniques proposant un programme d’activité ou d’exercice physique à des adultes affectés par un épisode dépressif majeur ou des troubles dépressifs. Cela représente 40 études et 52 interventions d’AP. Pour les participants avec des troubles schizophréniques, Vancampfort et al. (2016) ont identifié 19 études et 23 interventions d’AP.

Taux d’abandon (dropout) était de 18,1 % (95%IC 15 – 21,8%) pour les études sur la dépression

Facteurs associés à la sortie de l’intervention (nature de la relation () ).

  • Niveau de dépression au départ de l’intervention(+)
  • Participant accueillis à temps complet à l’hôpital(+)
  • Activité physique supervisée par physiothérapeute ou un spécialiste de l’exercice physique (-) (versus personnel éducatif ou autre)

Facteurs non associés : % de femmes dans l’échantillon,% de participants avec antidépresseurs, Durée de l’intervention, Type d’exercice,

Taux d’abandon (dropout) était de 26,7 % (95%IC 19,7 – 35%) pour les études sur les troubles schizophréniques

Facteurs associés à la sortie de l’intervention (nature de la relation () ).

  • Intensité d’effort faibles ou modérées (-)
  • Activité physique supervisée par un professionnel (-)
  • Encadrant spécialisé en activité physique (-)

Facteurs non associés : Moyenne d’age, % d’homme, Indice de masse corporel, Dose de traitement, Niveau des symptômes

S’il fallait un argument solide pour souligner la place des spécialistes de l’exercice physique dans les interventions d’activité physique au sein des soins psychiatriques. Ces deux travaux viennent souligner que la présence de professionnel dans l’encadrement de personne touchées par une dépression ou des troubles schizophréniques est un frein important à l’abandon de programme.

Stubbs, B., Vancampfort, D., Rosenbaum, S., Ward, P. B., Richards, J., Soundy, A., … Schuch, F. B. (2016). Dropout from exercise randomized controlled trials among people with depression: A meta-analysis and meta regression. Journal of Affective Disorders, 190, 457–466. https://doi.org/10.1016/j.jad.2015.10.019

Vancampfort, D., Rosenbaum, S., Schuch, F. B., Ward, P. B., Probst, M., & Stubbs, B. (2016). Prevalence and predictors of treatment dropout from physical activity interventions in schizophrenia: a meta-analysis. General Hospital Psychiatry, 39, 15–23. https://doi.org/10.1016/j.genhosppsych.2015.11.008

Relations temporelles entre activité physique, sédentarité et sport & les troubles anxieux et dépressifs chez des adultes

04/02/2017

moonlight-poster-cut1-750x400Les études observationnelles examinant les relations entre l’activité physique (AP) et la présence ou non de symptômes dépressifs ou anxieux sont assez nombreuses. Cependant, les études prospectives sont plus rares, et les études avec mesures répétées le sont encore plus. Celles-ci examinent le plus souvent l’impact du niveau d’AP à un T0 sur la sévérité d’un trouble mental à T1. Mais à ce jour, très peu de données sont disponibles sur la relation inverse, c’est à dire, si un niveau de symptômes dépressifs ou anxieux à T0 est associé à des niveaux d’AP à T1…. Deux points méthodologiques clés sont aussi souvent retrouvés dans les études précédentes, une caractérisation de l’AP uniquement sous forme de dépense énergétique ou durée hebdomadaire à une certaine intensité ; une évaluation des symptômes anxieux ou dépressifs réalisée uniquement à l’aide d’auto-questionnaires.

L’étude de Hill et al. sous presse dans la revue Psychological Medicine a tenté de dépasser l’ensemble de ces limites en réalisant une nouvelle analyse des données NESDA (Netherlands Study of Depression and Anxiety).capture-du-2017-02-04-16-23-57

Ci dessus, le devis de l’étude résumé. Les participants à chaque temps de mesure pouvaient ainsi être classifié : trouble anxieux ET OU dépressifs durant les 6 derniers mois, trouble anxieux ET OU dépressifs en rémission, absence d’antécédent de trouble. L’AP était caractérisée de plusieurs manières : fréquence de participation sportive en dehors de chez soi, niveau général d’AP la semaine précédent l’évaluation (MET/min/semaine), temps passé assis (sédentarité)

Anxiété/dépression ——— > AP, sport, sédentarité

Analyses les plus intéressantes montrent :

  • relation effet-dose entre l’augmentation des scores de dépression ou d’anxiété et la diminution de la fréquence d’activité sportive 2 ans plus tard
  • les participants «  trouble anxieux ET OU dépressifs durant les 6 derniers mois », « trouble anxieux ET OU dépressifs en rémission » avaient aussi une diminution de la fréquence d’activité sportive 2 ans plus tard
  • relation effet-dose entre l’augmentation des scores de dépression ou d’anxiété et la diminution du niveau général d’AP (MET/min/semaine) 2 ans plus tard
  • la présence d’un trouble anxieux seul ou associé à un trouble dépressif était associé à une diminution du niveau général d’AP (MET/min/semaine) 2 ans plus tard (mais absence de relation significative entre trouble dépressif et AP)
  • Le temps assis hebdomadaire n’est associé uniquement qu’à la présence d’un trouble dépressif et anxieux deux ans auparavant

AP, sport, sédentarité ——— > Anxiété/dépression

  • Uniquement la fréquence de participation sportive est associée à une diminution des score de dépression et d’anxiété 2 ans plus tard.
  • L’impact de l’AP, le sport, la sédentarité sur la présence d’un trouble anxieux ou dépressif est impactée par le fait que le trouble était ou non déjà présent au temps évaluation précédent (2 an plus tôt). Lorsque c’est le cas, le niveau général d’AP (MET/min/semaine) et la fréquence de pratique sportive sont des facteurs protecteurs de présence d’un trouble. Une sédentarité accrue est quand a elle à un risque supérieur de trouble 2 ans plus tard, même lorsqu’on contrôle le niveau d’AP.

Schémas ci-dessous résument les résultats.

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L’étude est d’un grand intérêt pour démontrer qu’au de là uniquement de la dépense énergétique, la nature de l’AP pratiquée influence elle même des marqueurs de santé mentale, qu’ils soient auto-rapporté ou évalués cliniquement. Des efforts sont encore à produire pour développer l’emploi d’outils de mesure plus stricts mais l’étude souligne les intrications entre AP, sport, sédentarité et marqueurs de dépression et anxiété.

Hiles, S. A., Lamers, F., Milaneschi, Y., & Penninx, B. W. J. H. (2017). Sit, step, sweat: longitudinal associations between physical activity patterns, anxiety and depression. Psychological Medicine, 1–12. https://doi.org/10.1017/S0033291716003548

Jardiner, est-ce associé positivement à la santé ?

23/01/2017

Deux chercheurs japonais et un anglais ont souhaité réaliser une revue de littérature systématique sur cet question. Ils débutent par définir selon eux, le jardinage : « Activité extérieure dans laquelle une personne fait pousser, cultive et prend soins de plantes, fleurs ou légumes dans un but non-commercial. Cette activité ne se limite pas à une activité dans un cadre domestique mais inclut aussi les jardins communautaires ou ouvriers. »

Ils ont identifié 22 études menées en Europe, aux USA et en Asie. La moitié d’entre elles incluaient des participants touchés par un trouble mental (dépression…). Trois types de jardinage ont été retrouvés, la thérapie par l’horticulture (12 études), le jardinage quotidien et le jardinage dit ‘expérimental’.

71Les auteurs ont mis en place une méta-analyse pour répondre à leur question initiale. Les types de variables sont tellement éparses, que c’est peut être malvenue, mais en tout cas ils identifient une association modérée significative entre ‘Jardinage et santé’ (dépression, affect, fatigue, densité minérale, poids, stress….). L’analyse visuelle du graphique semble associer positivement le Jardinage et la baisse du niveau de dépression, l’amélioration de la qualité de vie et l’estime de soi. Deux études obtiennent une augmentation significative du niveau d’activité physique.

Même si la présente étude a de nombreuses limitations, elle illustre au moins le rôle que pourrait avoir le développement plus important des jardins communautaires ou ouvriers comme stratégie locale pour augmenter le niveau d’activité physique. Si l’activité physique s’articule autours de plusieurs composantes (exercice physique, sport, transport actif, activités domestiques et au travail), on oublie souvent le jardinage dans cette dernière. Comme le propose le modèle écologique de l’activité physique (voir précédent article), une collaboration entre architectes, urbanistes et décideurs de la santé publique pourrait majorer la dépense énergétique de nombreuses personnes souvent peu sensibles au programme d’activité physique (trop) souvent pensés uniquement dans des cours de gym collectifs en jogging.

Soga, M., Gaston, K. J., & Yamaura, Y. (2017). Gardening is beneficial for health: A meta-analysis. Preventive Medicine Reports, 5, 92–99. https://doi.org/10.1016/j.pmedr.2016.11.007 L’article est en accès libre.

Deux rendez-vous en 2017 à propos de l’Activité Physique et de la santé

03/01/2017

Une septième année pour le blogue. 2017 sera riche de deux rassemblements de passionnés de la question de l’activité physique pour la santé, respectivement à Montréal et Paris. Le 12 mai 2017, une journée du congrès de l’ACFAS, est réservée à la question de l’Activité physique et de la santé mentale. J’ai le plaisir de la co-organiser avec AJ Romain. Nous souhaitons vivement mettre en avant une approche multidisciplinaire de cette question, un appel à communication est en cours jusqu’au 10 février 2017 (pour plus de détails, voir le site).

Le 8 et 9 juin 2017 à Bobigny (proche de Paris) se déroulera la 3e édition du Congrès National des Professionnels des Activités Physiques Adaptées (CNP-APA). C’est le rendez-vous incontournable des Enseignants APA en France (pour plus de détails, voir le site dédié).

Les lecteurs du blogue auront peut-être remarqué que 2016 a vu un nombre moindre de publication , majoritairement due à de nouvelles perspectives professionnelles de mon côté. Cependant, je poursuis l’ambition de publier des articles qui viennent questionner les relations entre activité physique, santé (mentale) et prévention ; présenter des visions plus complexes de la promotion de l’AP et souligner les apports de la psychologie aux pratiques cliniques des kinésiologues et Enseignants APA. Mais aussi lutter contre les idées reçues : « sport-santé », prescription d’un comportement, promotion de l’AP non factuelle….

Débutons 2017 avec des vidéos d’illustration du pire, du meilleur des pratiques sportives et aussi de l’activité physique « utilitaire et plaisante ».

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L’exercice physique améliore-t-il le sommeil d’adultes traités pour un cancer ? Non, mais…

04/12/2016

Une revue de littérature systématique à paraître dans la revue Sleep Medicine Reviews tente de répondre à cette question (1). La prévalence de troubles du sommeil durant une chimiothérapie est 3 fois plus élevée qu’en population générale et les troubles sévères ont tendance à perdurer après la fin du traitement.le-bruit-des-glacons-le-cancer-albert-dupontel-charles-faulque-jean-dujardin

Mercier et al. (2016) (1) ont examiné les articles disponibles qui évaluaient les effets d’une intervention d’exercice physique durant ou post-traitement oncologique à l’aide d’outils spécifiques comme l’index de qualité de sommeil de Pittsburgh ou un actimètre. Les essais randomisés contrôlés étaient ensuite utilisés pour une méta-analyse.

  • 21 études ont été identifiées
  • 14 ERC utilisaient l’index de qualité de sommeil de Pittsburgh
  • Respectivement, 3 et 2 interventions mesuraient le sommeil objectivement (latence d’endormissement et efficacité du sommeil)
  • 33 % des études obtenaient une amélioration significative du sommeil
  • Les méta-analyses ne démontraient aucun effet de l’exercice sur la qualité du sommeil ou les marqueurs objectifs présentés plus haut.

A ce jour, aucune conclusion ne peut être faite à propos des bénéfices de l’exercice sur le sommeil en oncologie. En effet, le nombre d’étude est peu important et aucune d’entre-elles n’étaient menées dans le but de traiter cette question.

Il est urgent de développer des études qui évaluent une programme d’exercice ou d’activité physique en évaluant le sommeil objectivement. A ce titre, un très récent article avec cet objectif (non inclus dans la revue)  obtient des résultats mitigés (2).

Déclaration d’intérêts : co-auteur de la revue de Mercier et al. (2016)

1. Mercier J, Savard J, Bernard P. Exercise interventions to improve sleep in cancer patients: A systematic review and meta-analysis. Sleep Medicine Reviews (2016)

2. Chen H-M, Tsai C-M, Wu Y-C, Lin K-C, Lin C-C. Effect of walking on circadian rhythms and sleep quality of patients with lung cancer: a randomised controlled trial. British Journal of Cancer. 2016 Nov 22;115(11):1304–12.

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