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L’insécurité (perçue) est-elle reliée à l’activité physique ?

08/06/2019

Lors d’une collaboration sur étude examinant les liens entre activité physique et caractéristiques perçus du quartier d’habitation chez des adultes aux prises avec un trouble de santé mental sévère, j’ai pour la première fois pris conscience du possible impact de l’insécurité sur les habitudes d’activité physique (Vancampfort et al., 2013). Récemment, une revue systématique et méta-analyse a été publiée sur cette question par une équipe de recherche américaine (Rees-Punia, 2018).

Ils ont identifié 15 études examinant les liens entre activité physique et insécurité perçue et 4 où l’insécurité était caractérisée sur la base d’un indicateur « objectif ». La moitié des études incluaient des participants d’un seul morpho-type (hispanique, afro-américian, européen), 3 des enfants et 4 étaient réalisées dans des pays en développement. La totalité de celles-ci avaient un devis transversal.

Les résultats de analyses statistiques suggèrent que percevoir son lieu de vie comme sécure est associé en moyenne à 27% de plus d’activité physique. Plus les participants vivaient dans un environnement objectivement insécure, moins ils rapportaient être actif (environ 28%).

Les auteurs ont exploré si le pays de l’étude, la méthode de mesure de l’activité physique ou de l’insécurité ou encore l’âge des participants modéraient les résultats. Mais aucun modérateur n’était significativement associé.

Dans la discussion les auteurs soulignent qu’à leur connaissance une seule étude longitudinale a été publiée. Ses auteurs concluaient que les participants augmentaient d’environ 10 min de marche hebdomadaire lorsqu’ils percevaient leur environnement comme plus sécure (Foster, Knuiman, Hooper, Christian, & Giles-Corti, 2014).

Cette article illustre bien comment la promotion de l’activité physique repose aussi sur les politiques publiques et l’urbanisme. Il y peut être aussi un effet négatif du journal de TF1 ou de certaines émissions apeurantes sur l’activité physique des auditeurs. Si vous regardez les graphique ci dessous, il se pourrait que l’insécurité objective et perçue soient relativement découplées.

  • Foster, S., Knuiman, M., Hooper, P., Christian, H., & Giles-Corti, B. (2014). Do changes in residents’ fear of crime impact their walking? Longitudinal results from RESIDE. Preventive Medicine, 62, 161–166. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2014.02.011
  • Rees-Punia, E. (2018). Crime, perceived safety, and physical activity: A meta-analysis. Preventive Medicine, 111, 307–313. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2017.11.017
  • Vancampfort, D., De Hert, M., De Herdt, A., Vanden Bosch, K., Soundy, A., Bernard, P. P., … Probst, M. (2013). Associations between physical activity and the built environment in patients with schizophrenia: a multi-centre study. General Hospital Psychiatry, 35(6), 653–658. https://doi.org/10.1016/j.genhosppsych.2013.07.004
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Les populations sont plus actives dans les pays égalitaires

18/05/2019

Un article de Nature (Althoff et al. 2017) utilisait des données issues d’une application comptabilisant le nombre de pas quotidien chez plus de 700000 personnes issues de plus de 46 pays différents, dont 90 % étaient des pays développés économiquement. Ils ont « croisé » ces données avec l’indice de Gini. Selon Wikipédia, « Ce coefficient est utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus dans un pays. … Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite et 1 signifie une inégalité parfaite (une seule personne dispose de tous les revenus et toutes les autres n’ont aucun revenu).                                                                                                     Capture du 2019-05-18 19-03-10

Dans les pays où les inégalités sont plus fortes, les personnes réalisaient un nombre de pas quotidiens plus faibles. Plus le niveau d’inégalité semblait important et plus les femmes réalisaient encore d’activité physique que les hommes. Autrement dit, l’inégalité au sein d’un pays affecte négativement encore plus l’activité physique des femmes.

Lorsque les chercheurs comparaient la contribution des inégalités et de l’activité physique sur la prévalence d’obésité, ces deux facteurs étaient associés mais le niveau d’inégalité avait une force explicative plus importante.

Capture du 2019-05-18 19-03-29L’équipe de chercheur portait aussi son intérêt sur le rôle de la « facilité à marcher » (walkability) au sein de 69 villes américaines et leur lien avec les inégalités et le nombre de pas. Un niveau de « facilité à marcher » élevé était retrouvé dans les villes les plus égalitaires, et nécessairement le nombre de pas était lui aussi plus élevé.

Cette étude de grande qualité souligne le lien ténu entre égalité au sein d’un pays et activité physique mais rappelle aussi que les efforts pourraient plus fournis pour réduire les inégalités (versus augmenter l’activité physique) afin de diminuer la prévalence de l’obésité. Elle met en exergue la place de l’urbanisme dans la lutte contre les conséquences des inégalités et l’inactivité physique.

l-egalite-c-est-la-sante-et-l-amour-aussiPour les lecteurs qui veulent approfondir la question, deux conseils de lecture : 1) le livre de Kate Pickett, Richard Wilkinson traduit en France et au Québec sous les titres : Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous (Éditions les petits matins),  L’égalité, c’est mieux (Ecosociété)

Pour les lecteurs qui veulent quelque chose de facile à lire : L’égalité c’est la santé (Fakir éditions ), un entretien entre Wilkinson l’auteur du livre précédent et Francois Ruffin

Althoff, T., Sosič, R., Hicks, J. L., King, A. C., Delp, S. L., & Leskovec, J. (2017). Large-scale physical activity data reveal worldwide activity inequality. Nature, 547(7663), 336–339. https://doi.org/10.1038/nature23018 

Le changement de comportement dans le domaine de l’activité physique, juste une question de motivation ?

05/05/2019

Le 3 Mai dernier, j’ai eu le plaisir de pouvoir présenter des pistes d’amélioration de l’accompagnement des personnes qui font appel à un kinésiologue. Durant quarante minutes, j’ai tenté de défendre les 4 idées suivantes.

  • LES versus L’ activité(s) physique(s) : pour mieux conseiller : penser les activités physiques dans leurs diversités afin de pouvoir identifier des solutions personnalisées
  • Facteurs psychologiques du changement de comportement sont pluriels et imbriqués dans un environnement et des règles : la psychologie de la santé progresse pour aider les cliniciens, mais les facteurs psychologiques connus sont influencés par la perception de l’environnement physique et social et les lois/réglementations
  • S’initier à l’AP ou rester actif repose sur des facteurs psychologiques à différencier : on ne conseille pas une personne de la même manière en fonction de son rapport avec l’activité physique
  • Qualité de la relation avec un usager, une obligation : comprendre comment la perception des personnes, la perception des kinésiologues peut influencer la participation.

 

  • Baillot, A., Baillargeon, J.-P., Paré, A., Poder, T. G., Brown, C., & Langlois, M.-F. (2018). Physical activity assessment and counseling in Quebec family medicine groups. Canadian Family Physician Medecin De Famille Canadien, 64(5), e234–e241.

  • Dale, L. P., LeBlanc, A. G., Orr, K., Berry, T., Deshpande, S., Latimer-Cheung, A. E., … Faulkner, G. (2016). Canadian physical activity guidelines for adults: are Canadians aware? Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism, 41(9), 1008–1011.
  • Dombrowski, S. U., O’Carroll, R. E., & Williams, B. (2016). Form of delivery as a key ‘active ingredient’ in behaviour change interventions. British Journal of Health Psychology, 21(4), 733–740.
  • Gourlan, M., Bernard, P., Bortolon, C., Romain, A. J., Lareyre, O., Carayol, M., … Boiché, J. (2016). Efficacy of theory-based interventions to promote physical activity. A meta-analysis of randomised controlled trials. Health Psychology Review, 10(1), 50–66.
  • Kelly, M. P., & Barker, M. (2016). Why is changing health-related behaviour so difficult? Public Health, 136, 109–116.
  • Michie, S., van Stralen, M. M., & West, R. (2011). The behaviour change wheel: A new method for characterising and designing behaviour change interventions. Implementation Science, 6(1), 42.
  • Rhodes, R. E., & Quinlan, A. (2015). Predictors of Physical Activity Change Among Adults Using Observational Designs. Sports Medicine, 45(3), 423–441.
  • Romain, Ahmed Jerome, & Bernard, P. (2018). Chapter 10 – Behavioral and Psychological Approaches in Exercise-Based Interventions in Severe Mental Illness. In B. Stubbs & S. Rosenbaum (Eds.), Exercise-Based Interventions for Mental Illness
  • Romain, Ahmed Jerôme, Bortolon, C., Gourlan, M., Carayol, M., Decker, E., Lareyre, O., … Bernard, P. (2018). Matched or nonmatched interventions based on the transtheoretical model to promote physical activity. A meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Sport and Health Science, 7(1), 50–57.

Livre: Activités physiques en santé mentale

27/04/2019

9782100789399-001-XLes éditions Dunod ont récemment fait paraître : Activités physiques en santé mentale. Dirigé par Fayollet, Kern, Thevenon, il dresse un état des connaissances scientifiques et pratiques sur cette question. Les chapitres présentent tour à tour un résumé d’études scientifiques à propos des effets de l’activité physique chez les personnes aux prises avec un trouble mental, et des expériences cliniques en lien avec un établissement de psychiatrie ou une pratique physique spécifique (ex. le yoga).

L’introduction historique à propos des relations entre activité physique et psychiatrie est plus que la bienvenue, tant les écrits à ce propos sont rares et éparpillés. Les lecteurs pourront découvrir les initiatives locales de développement de l’activité physique au sein d’institutions prenant pied dans la psychiatrie institutionnelle. Mais aussi comprendre l’origine de la « fausse » dichotomie santé psychique/santé mentale (qui perdure encore trop aujourd’hui 1) ainsi que la développement des fédérations et enseignants en Activités Physiques Adaptées (APA) en psychiatrie. L’auteure rappelle l’existence d’un livre ayant forgé mon intérêt pour la psychiatrie, indisponible à ce jour (Corps et psychiatrie, psychopédagogies des activités physiques et sportives). Ce chapitre jette les bases des suivants, notamment celui du Pr Saravane à propos des effets de l’activité physique sur la réduction des comorbidités somatiques en psychiatrie.

Un chapitre aborde la question du plaisir en activité physique et sportive sur la base des travaux d’Ekkekakis. C’est, à ma connaissance, un des premiers écrit francophone qui aborde cette question et qui souligne clairement l’intérêt de penser à l’amélioration des affects positifs durant la pratique et l’encadrement d’APA. Les enseignants en APA ont majoritairement tendance à inclure cette question dans leur pratique clinique, mais ce chapitre leur permettra de mieux comprendre les mécanismes psycho-physiologiques sous-jacents.

Le chapitre dédié à la question des effets de l’activité physique sur les symptômes de personnes aux prises avec un trouble dépressif majeur est bien documenté, précis et repose sur des données probantes solides. Il est à lire absolument pour qui veut découvrir un résumé des travaux scientifiques sur cette question.

Le livre apparaît comme une bonne introduction à la question de l’activité physique en psychiatrie, à destination des étudiants de licence (baccalauréat au Québec) ou des Enseignants en Activité Physique Adaptée (Kinésiologues au Québec) souhaitant découvrir de nouvelles perspectives. A ce propos, les enseignants en APA (formation en STAPS) sont cités à plusieurs reprises, leurs missions et leur communication avec les autres professionnels contextualisées. Cela a un vif intérêt pour faciliter la compréhension de l’implémentation des données probantes en contexte psychiatrique.

Merci à Somabec pour m’avoir fait connaître cet ouvrage et me l’avoir envoyé.

1 Romain & Bernard (2017). Élargir les soins somatiques en psychiatrie à la prévention. L’Encéphale.

« Activité physique verte » ou le Green exercise

11/04/2019

9781138807655Un article pour donner un avis sur le livre Green exercise : linking nature, health and well-being1. Cet ouvrage aborde différentes facettes d’études qui portent sur les liens entre l’exercice ou l’activité physique (AP) verte et la santé.

C’est une première pour le blogue d’aborder un livre complet dans un article. Les douze chapitres traitent : des relations entre environnement physique vert et santé, les effets de la pratique d’AP en contexte naturel chez les adultes, enfants et personnes vulnérables, des théories sous-jacentes, des effets des bains de forêts et des bénéfices des interventions en milieu naturel sauvage ou à la ferme. Les chapitres sont rédigés par différents auteurs et le livre est coordonné par des membres de l’équipe du laboratoire Green Exercise de l’Université d’Essex.

Mon niveau d’attente était élevé avant la lecture car je croise beaucoup d’étudiants ou de professionnels qui décrivent des effets positifs et intrinsèques d’interventions d’AP en milieu naturel ou de séjours de plusieurs jours en vélo de montagne ou en randonnée pédestre. Globalement, le livre est très hétérogène en terme de qualité scientifique avec des certains chapitres qui frisent la pseudoscience.

Une des théories sous-jacente souvent décrite pour étayer l’AP verte (AP réalisée en environnement naturel) est celle de la biophilie, c’est à dire l’Homme serait plus enclin à évoluer dans un environnement non-humain car le cote-opale-randonneecorps, l’état mental et les sens se seraient au cours de l’évolution dans un contexte de pression de l’environnement naturel2. La seconde théorie la plus citée est la Théorie de la Restauration de l’Attention  qui stipule qu’ « être psychologiquement dans un environnement tranquille ou reconstituant permet aux individus de prendre du répit de leurs périodes d’attention soutenue, qui caractérise la vie moderne ». Les auteurs ont proposé que « le rétablissement d’une surcharge cognitive puisse être atteint plus efficacement en renouant avec un environnement naturel fortifiant, qui s’éloigne des distractions quotidiennes et permet à l’imagination de s’égarer, et donc permettre aux individus de renouer avec leurs environnements ».

Globalement, les études qui examinent les effets de l’AP verte peuvent être classées en 3 catégories:

  • comparaison des effets de l’AP réalisée à l’intérieur versus l’extérieur,
  • comparaison des effets de l’AP réalisée dans un environnement battit versus à l’extérieur et
  • utilisation de laboratoires d’exercice physique pour examiner l’importante de l’information visuelle liée à l’environnement naturel pendant l’entraînement.

Dans ces 3 catégories les bénéfices psychologiques semblent supérieurs en milieu naturel ou lorsque les participants visionnent des images naturelles ou avec un filtre vert. Les doses d’AP vertes associées à des bénéfices semblent similaires à ceux réalisées dans d’autres contextes (voir l’article du blogue sur cette question). Les bénéfices psychologiques pourraient être majorés si l’on demande aux participants de se concentrer sur leur sens et leur imaginaire durant la pratique d’AP verte.

Pour les enfants, les auteurs suggèrent que l’AP verte a des avantages supérieurs sur plusieurs points : facilite la pratique des filles, des enfants en surcharge pondérale et demeure perçue comme plus attrayante par les enfants.

Un chapitre aborde l’idée de l’AP bleue, c’est à dire l’AP réalisée entreprise aux abords des lacs, des rivières, des canaux et des côtes. L’état des connaissances est peu avancé, les auteurs soulignent que les personnes qui vivent aux alentours d’un espace liquide réalise plus d’activité physique hebdomadaire en moyenne.

Enfin, le chapitre à propos des soins verts (green care) s’avère intéressant sur les types d’interventions présentés comme l’horticulture ou le soins des animaux, notamment quelques essais cliniques sont présentés. Le chapitre propose une bonne discussion à propos des méthodes à développer pour évaluer ce type d’intervention.

  • 1. Bragg, R. & Wood, C. Green Exercise. (Routledge, 2016).
  • 2. Wilson, E. O. Biophilia: the human bond with other species. (Harvard Univ. Press, 1984).

Une journée à l’ACFAS – L’activité physique : une stratégie de promotion et de gestion de la santé mentale (30 mai 2019)

03/04/2019

Membre de l’équipe organisationnelle, je présente la journée du 30 Mai à l’ACFAS (Gatineau) : « L’activité physique : une stratégie de promotion et de gestion de la santé mentale ». Cette journée est reconnue comme formation continue par la Fédération des Kinésiologues du Québec. Ci-dessous, voici le programme qui donnera la parole à des chercheurs, des étudiants des cycles supérieurs et des kinésiologues. Jusqu’au 28 avril, l’inscription est au prix de 190$ pour les non membres de l’ACFAS (toutes les infos ici). Si vous avez des questions : apsantementale@gmail.com, nous sommes aussi joignables par le site de la journée. N’hésitez pas à partager l’information sur les réseaux. Si vous faîtes le déplacement à Gatineau, le lendemain une journée dédiée à l’Activité physique et obésité19 03 17 ROQUETOIRE 13 km (31)a est aussi organisée.

 

  • 09 h 00 Mot de bienvenue
  • 09 h 15 La consommation de psychotropes est-elle associée à une plus faible activité physique ? Analyse de l’Enquête Canadienne sur les Mesures de la Santé. Samuel St-Amour (UQAM – Université du Québec à Montréal
  • 09 h 30- Passer une bonne nuit est-il associé à plus d’activité physique le lendemain ? Une revue systématique de la littérature et méta-analyse. Sarah Atoui (UQAM – Université du Québec à Montréal)
  • 09 h 45- Évolution des perceptions du soi physique lors d’un programme intégré et voilé du l’obésité et des ACAI en contexte scolaire. Vincent Lemieux (UQTR – Université du Québec à Trois-Rivières)

Pause

  • 10 h 00- Associations transversales entre l’activité physique de loisir et le stress au travail chez les travailleurs Canadiens. Jean-Philippe Lachance (UQAM – Université du Québec à Montréal)
  • 10 h 30- L’entraîneur de hockey : un acteur potentiel en promotion de la santé mentale? Lilian Guicherd-Callin (UdeS – Université de Sherbrooke)
  • 10 h 40- Troubles du comportement alimentaire chez le sportif : un défi diagnostique. Marilou OUELLET (UQTR – Université du Québec à Trois-Rivières)
  • 11 h 00- Attitudes et comportements alimentaires inappropriés et activité physique : un duo à connaître pour la promotion du sport et de la santé. Maud BONANSEA (UQTR – Université du Québec à Trois-Rivières)
  • 11 h 15- Intervention de réadaptation en contexte de hockey sur glace : Qu’est-ce qui change sous le casque ? Michel-Alexandre RIOUX (UdeS – Université de Sherbrooke)
  • 11 h 30- Activité physique et santé mentale, une association nécessaire ou nuisible ? Nicolas Moreau (Université d’Ottawa)

Partie 2

  • 99D5FECDFE21428A9FA5AA7DD37CA105
  • 14 h 00- Etats des lieux de l’activité physique dans les troubles psychotiques au Québec. Marianne Champagne (CISSS des Laurentides)
  • 14 h 15- Programme Santé globale, un tremplin vers mon mieux-être : pour un complément thérapeutique de premier choix. Claude-Émilie Lefebvre (CIUSSS de la Capitale-Nationale)
  • 14 h 30- LES PERCEPTIONS DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE DES AÎNÉS EN HLM RECOUPENT SIX DIMENSIONS DU BIEN-ÊTRE, MAIS AUSSI LE MAL ÊTRE. Kadia Saint-Onge (UQAM – Université du Québec à Montréal)
  • 14 h 45- Effets et modérateurs de l’exercice physique sur le sommeil d’adultes touchés par un cancer : une méta-analyse sur données individuelles. Paquito BERNARD (UQAM – Université du Québec à Montréal)
  • 15 h 00- Activité physique et cancer : des bienfaits pour la santé mentale? Isabelle DORÉ (UdeM – Université de Montréal)
  • 15 h 15-Programme d’activité physique basé sur les préférences d’adultes ayant des troubles psychotiques: étude de faisabilité. Eve Dubois (UdeM – Université de Montréal)

16 h 00- Mot de clôture

Lutter contre la discrimination liée au poids chez les étudiants en kinésiologie/STAPS

22/03/2019

276La discrimination (comportement négatif émis à l’encontre des membres d’un groupe social, uniquement sur la base de leur appartenance à un groupe stigmatisé1) perçue liée au poids est associée à de nombreuses conséquences négatives. Par exemple, les personnes obèses sont discriminées dans l’accès à l’emploi, subissent plus de remarques négatives de la part des cliniciens et ont des relations avec leurs proches plus détériorées2. Plus récemment, une étude de cohorte américaine suggère parmi différents types de discrimination (ethnique, sexe), celles liées au poids sont associées longitudinalement à un risque plus élevé de décès précoce3.

301Dans le domaine de l’activité physique ou de l’exercice, une revue de littérature conclue les professionnels de cette branche font état d’attitudes négatives et discrimination à propos des individus qui sont obèses ou en surpoids relativement élevée, que celles-ci soient mesurées directement ou indirectement4. C’est assez problématique car plus le professionnel (kinésiologue ; enseignant en activité physique adaptée) va avoir des attitudes négatives plus la relation avec la ou les personnes obèse(s) risque d’être dégradée et augmenter le risque d’abandon du programme.

Wijayatunga et al.5 ont donc développé une intervention qui visait les étudiants en kinésiologie (STAPS pour les lecteurs français). Dans le groupe intervention, les étudiants étaient exposés à 3 extraits de documentaires (The Weight of nation) qui présentaient les causes « incontrôlables » de l’obésité et des témoignages de personnes obèses décrivant la discrimination au quotidien. Les étudiants devaient aussi jouer des scenarios qui présentaient un style de communication négatif entre un professionnel et un patient dus aux attitudes négatives du professionnels. Au total, l’intervention représentait 80 minutes. Elle était associée à une diminution significative des attitudes négatives mesurées par questionnaire à court et moyen terme, mais n’influençait pas les attitudes implicites (mesurée par une tâche sur ordinateur voir exemple ici). Cet article illustre un point qui devrait être présentés par les formateurs à l’université.

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Pour terminer, si parmi les lecteurs vous recherchez des supports visuels non stigmatisant, l’Université du Connecticut a mis en ligne de nombreuses images et vidéos dont celles présentées dans l’article.

  • 1. Bourguignon, D. & Herman, G. Chapitre 3. Au cœur des groupes de bas statut : la stigmatisation. in Travail, chômage et stigmatisation 99 (De Boeck Supérieur, 2007). doi:10.3917/dbu.herma.2007.01.0099
  • 2. Puhl, R. M. & Heuer, C. A. The Stigma of Obesity: A Review and Update. Obesity 17, 941–964 (2009).
  • 3. Sutin, A. R., Stephan, Y. & Terracciano, A. Weight Discrimination and Risk of Mortality. Psychol Sci 26, 1803–1811 (2015).
  • 4. Panza, G. A. et al. Weight bias among exercise and nutrition professionals: a systematic review. Obes Rev 19, 1492–1503 (2018).
  • 5. Wijayatunga, N. N., Kim, Y., Butsch, W. S. & Dhurandhar, E. J. The effects of a teaching intervention on weight bias among kinesiology undergraduate students. International Journal of Obesity (2019). doi:10.1038/s41366-019-0325-0

Faire de l’activité physique augmente le risque d’attaque de panique ?

06/03/2019

A plusieurs reprise lors de présentations formelles de l’état de la littérature à propos des effets connus de l’activité physique chez les adultes aux prises avec un trouble mental sévère, des cliniciens m’ont posé la question ci dessus. Elle concerne les adultes touchés par un trouble panique : « Le trouble panique est caractérisé par une préoccupation persistante ou des changements de comportements en lien avec la survenue récurrente d’attaques de panique inattendues, c’est-à-dire qui se produisent sans cause évidente ou déclencheur. Elles peuvent survenir par exemple lorsque la personne se détend ou dort. » (plus de détails ici).MV5BNTg5NzFlZTgtN2RkZi00Y2QzLWE2YjItZWQ4NjYxYWVjMDM5XkEyXkFqcGdeQXVyMTY0NzA3Mg@@._V1_

Une réponse sérieuse a été apportée en 20001. Les auteurs expliquent que cette croyance soit répandue sur la base d’une étude plus ancienne où l’auteur concluait à un lien entre augmentation de la concentration en acide lactique et déclenchement d’attaque de panique : “The characteristic anxiety symptoms were often evoked by the exercise and appeared to be concomitant with the extremely rapid rise of blood lactic acid2. O’Connor et al. présentent aussi des investigations plus anciennes allant dans ce sens. Ils ajoutent que ces résultats ont été plus tard renforcé par la publication de cas d’athlètes ayant rapporté avoir eu une crise durant un entraînement ou une compétition3.

Afin de pouvoir élaborer une réponse à cette questions, O’Connor et al. ont réalisé une revue systématique de la littérature1. Ils rapportent que parmi plus de 695 tests d’efforts réalisés chez 660 adultes (1944-1980) ayant un diagnostic ressemblant à un trouble panique, aucune crise n’a été identifiée. Entre 1980 et 1998, 5 attaques sur 444 tests menés ont recensés. Enfin, une étude qui suivait des adultes en milieu ouvert, n’a identifié qu’un seul cas sur 91 associant clairement l’activité physique et le déclenchement d’une crise de panique.

Sur la base de cette étude, on peut raisonnablement penser que réaliser une séance d’activité physique d’intensité modérée à élevée n’augmente pas le risque de déclencher une attaque de panique chez des adultes.

1. O’connor, P. J., Smith, J. C. & Morgan, W. P. Physical activity does not provoke panic attacks in patients with panic disorder: A review of the evidence. Anxiety, Stress, & Coping 13, 333–353 (2000).

2. Pitts, F. N. & McClure, J. N. Lactate Metabolism in Anxiety Neurosis. New England Journal of Medicine 277, 1329–1336 (1967).

3. Rubin, A. & Chassay, C. M. When anxiety attacks: treating hyperventilation and panic. Phys Sportsmed 24, 54–65 (1996).

Activité physique, sédentarité et santé mentale des adultes canadiens

25/02/2019

L’étude présentée dans cet article est le fruit d’un travail collectif et d’une première expérience d’analyse de données populationnelle [1]. L’étude a été dirigée par l’auteur du présent blogue. Nous avons utilisé les données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé recueillies par Statistiques Canada. Tous les deux ans depuis 2007, une dizaine de points de collecte sont choisis au Canada afin d’interroger des adultes et enfants sur leur santé et de leur proposer de venir dans un laboratoire mobile afin de réaliser différents tests. Parmi eux, il leur est demandé de porter un accéléromètre durant 7 jours puis de le renvoyer la poste. Nous avons donc accès à des données de grande qualité et représentatives de la population canadienne.

Notre objectif était double : modéliser les relations entre activité physique et santé mentale auto-rapportée et comprendre comment ces relations pouvaient être impactées par la sédentarité. Les détails de l’étude sont présentés dans les diapositives ci-dessous.

Que retenir de nos analyses ?

  • Les associations sont majoritairement non-linéaires, la sédentarité influence les relations activité physique – santé mentale.
  • Pour une meilleure perception de la santé mentale chez les adultes canadiens
  • Toutes les minutes d’AP modérée/vigoureuse comptent jusque 50 min/jr
  • Chaque pas compte avec des « bénéfices » supérieurs à 5000/jr
  • Mêler AP légère et modérée/vigoureuse semble être associé à + de bénéfices

La limite majeure de notre étude est le devis transversal, ne permettant pas de d’exclure le biais de causalité inversée. Autrement dit, les messages clés issus de l’étude « vont dans les deux sens » : Bouger plus et s’asseoir moins pour une meilleure santé mentale (Warburton et al. 2016) OU Les adultes rapportant une meilleure santé mentale bougent plus et s’assoient moins.

L’étude a été publiée en anglais et demeure en accès libre.

1. Bernard P, Doré I, Romain A-J, Hains-Monfette G, Kingsbury C, Sabiston C. Dose response association of objective physical activity with mental health in a representative national sample of adults: A cross-sectional study. PLOS ONE. 2018;13: e0204682. doi:10.1371/journal.pone.0204682

 

 

Quelles sont les tendances d’activité physique entre 2001 et 2016 au niveau mondial ?

24/01/2019

La revue Lancet Global Health a publié un article qui sur la base de l’analyse de données de plus de 1,9 millions de personnes pour répondre à cette question (1). Les auteurs ont rassemblé des résultats issus de 358 enquêtes réalisées dans 168 pays, et 37 % des données ont été récoltées par l’organisation mondiale de la santé à l’aide du questionnaire Global Physical Activity Questionnaire (GPAQ).

La lecture du résumé nous apprend que la prévalence mondiale d’inactivité physique (c-a-d par des personnes interrogées rapportant une durée d’AP inférieure aux recommandations) est de 27,5 % en 2016 avec un taux de 31,7 pour les femmes contre 23,4 pour les hommes. Guthold et al. soulignent que ce taux est similaire à celui mesuré en 2001. Les régions géographiques faisant état des plus haut niveaux sont les pays occidentaux, l’Amérique latine et les caraïbes. L’inactivité physique est aussi 2 fois plus élevée dans les pays à haut revenu et progresse majoritairement dans ces pays. Ci-dessous, quelques graphiques de l’article (en accès libre).

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Ces résultats sont assez alarmants si on les confronte aux moyens mis en place pour promouvoir l’AP dans certains pays et si on rappelle l’objectif mondial de diminuer de 10 % la prévalence de l’inactivité physique en 2025 (échec garanti ?).

Comme souvent les commentaires publiés à propos de l’article sont riches de nuances. O’Donovan rappelle que les états d’Amérique Latine, particulièrement la Colombie sont précurseurs de projet de promotion de l’AP dits « de grande échelle », par exemple en fermant des routes tous les dimanches afin de favoriser le transport actif et promouvoir l’AP chez toutes les catégories d’habitant (la photo est éloquente) (2).

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Chaput souligne que le taux d’inactivité physique mesurée par questionnaire sous-estime largement les « dégats » (3). Il rappelle que dans l’Enquête Canadienne de Mesures de Santé, ce taux est de 29 % avec une mesure de l’IPAQ contre 85 % avec une mesure d’accélérométrie.

Le troisième commentaire nuance les résultats en rappelant que les inégalités sociales à une échelle locale ou d’un pays (à haut revenu ou non) modifient clairement les taux d’inactivité physique (4). Par exemple, si le développement économique est associé à plus d’AP dans les pays européens, mais uniquement chez les adultes avec haut niveau d’éducation.

1. Guthold R, Stevens GA, Riley LM, Bull FC. Worldwide trends in insufficient physical activity from 2001 to 2016: a pooled analysis of 358 population-based surveys with 1·9 million participants. The Lancet Global Health. 2018 Oct;6(10):e1077–86.

2. O’Donovan G. Accuracy and inequalities in physical activity research. The Lancet Global Health. 2019 Feb 1;7(2):e186.

3. Chaput J-P. Accuracy and inequalities in physical activity research. The Lancet Global Health. 2019 Feb 1;7(2):e185.

4. Cauwenberg JV, Clercq BD, Deforche B, Cardon G, Chastin SFM. Accuracy and inequalities in physical activity research. The Lancet Global Health. 2019 Feb 1;7(2):e183–4.

Avoir un trouble de santé mental = être moins motivé à l’activité physique ?

17/01/2019

32185530975_9d876f09b9_bDe nombreux articles du blogue traitent de la question des bénéfices de l’activité physique pour améliorer le bien-être psychologique ou diminuer les symptômes spécifiques de troubles mentaux. Pour certaines pathologies, les données probantes indiquent que l’activité physique devrait être recommandée. Or, cette conclusion se heurte à la réalité clinique qui, souvent, nous rappelle que les personnes suivies pour un trouble de santé mentale sont peu enclins à initier un mode de vie plus actifs et moins sédentaire.

Le manque ou l’absence de motivation à l’AP est une barrière récurrente lors d’échanges avec les cliniciens. Il est souvent souligné que les troubles de santé mentaux, troubles de l’humeur ou psychotiques, entraînent par défaut une absence de motivation à l’AP. Cependant, est-ce que cela se vérifie dans la littérature scientifique ?

Nous avons pu examiner la question dans un chapitre paru dans un ouvrage anglophone et la réponse est généralement non (Romain & Bernard, 2018) [téléchargeable sur le blogue]. Lorsqu’on utilise des mesures (par questionnaire) de construits psychologiques connus comme expliquant en partie l’activité physique des adultes, les associations entre ces construits et l’AP demeurent similaires. Autrement dit, il semble que les construits psychologiques liés à l’AP soient les mêmes chez des adultes avec ou sans trouble de santé mentale.

Ces résultats ont été vérifiés par une équipe allemande, qui examinait les liens entres marqueurs motivationnels et AP mesurée par questionnaire ou accéléromètre chez des adultes aux prises avec un trouble mental sévère (Petzold et al., 2017). Le niveau d’auto-efficacité et la capacité à planifier son action était associés positivement l’AP auto-rapportée. Un niveau élevé d’auto-efficacité et d’intention était associé à un niveau plus élevé d’AP mesurée objectivement.

  • Petzold, M. B., Bischoff, S., Rogoll, J., Plag, J., Terán, C., Brand, R., & Ströhle, A. (2017). Physical activity in outpatients with mental disorders: status, measurement and social cognitive determinants of health behavior change. European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 267(7), 639–650. https://doi.org/10.1007/s00406-017-0772-3
  • Romain, A. J., & Bernard, P. (2018). Behavioral and Psychological Approaches in Exercise-Based Interventions in Severe Mental Illness. In Exercise-Based Interventions for Mental Illness (pp. 187–207). Elsevier. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-812605-9.00010-1

Le football (soccer) est-il associé à une meilleure santé mentale chez les joueurs, les arbitres et les supporters ?

04/01/2019

Une revue de littérature en accès libre tente de répondre à cette question. Les auteurs anglais ont identifié 17 Jean-Marc - Jimmy - ADJOVI-BOCCO Panini RC Lens 1994études (Heun & Pringle, 2018). Ils concluent que la prévalence ou l’incidence de troubles de santé mentale sur les 12 derniers mois est similaire ou légèrement supérieure à celle de la population générale. En revanche, les études chez les joueurs amateurs adolescents ou spectateurs indiquaient que jouer ou regarder du football pourrait être associé à une santé mentale auto-rapportée plus altérée. Les auteurs soulignent aussi l’absence de preuve solide d’effets positifs du football sur la santé mentale lorsque des programmes sont élaborés spécifiquement dans ce but (en ligne avec le précédent article présenté dans le blogue) .

3127817308_1_2_5yoIn02RPour les curieux, la revue de littérature présente des études originales comme l’impact de la coupe du monde sur la santé mentale ou les accueils en urgence, ou encore, l’utilisation du football à des fins d’amélioration des échanges entre communauté au Sierra Leone ou en Australie.

L’étude est assez strict sur ses critères d’inclusion, rendant les conclusions discutables. De plus, les auteurs soulignent que les études sur les troubles de santé mentale utilisaient uniquement des questionnaires génériques. Il y a trop peu d’études disponibles pour se construire un avis solide. Les effets du football sur les spectateurs est peut être aussi trop éphémère pour être capté avec des devis d’étude classiques et ou trop influencé par des biais de rappel.

s-l300Comment auriez-vous jugé votre santé mentale le 12 juillet dernier ? Comment vous sentez-vous lorsque vous vous rappelez que le Racing Club de Lens est descendu en Ligue 2 ?

Heun, R., & Pringle, A. (2018). Football does not improve mental health: a systematic review on football and mental health disorders. Global Psychiatry, 1(1), 25–37. https://doi.org/10.2478/gp-2018-0001

Bénéfices de l’activité physique pour la dysfonction érectile ?

19/12/2018

121255730Il y a 8 ans, la question de la relation entre sexualité et activité physique était abordée sur le blogue. On y déplorait la quasi-absence d’étude sur la dysfonction érectile. La littérature scientifique semble assez mûre pour émettre un avis. Déjà, il était souligné que porter son intérêt sur la sexualité dans le champ de l’activité physique pourrait fournir des arguments de poids aux personnes réticentes à modifier leurs comportements de santé.

La dysfonction érectile est définie comme une « l’incapacité persistante ou récurrente pour un homme à obtenir ou à maintenir une érection suffisante du pénis pour permettre une activité sexuelle »1. La prévalence, tous âges confondus est estimée entre 13 % et 21 % et s’aggrave avec l’avancée en aĝe2. La présence d’une dysfonction va jouer aussi un rôle néfaste important sur la sexualité active des couples hétérosexuels vieillissants. Parmi les facteurs somatiques associés à ce trouble, on retrouve : l’inactivité physique, l’hypertension, le syndrome métabolique et les troubles cardiovasculaires. Ce trouble est généralement quantifié et diagnostiqué à l’aide de l’Index International de Dysfonction Érectile (IIDE).

Deux publications ont examiné l’état de littérature anglophone sur la question des relations entre activité physique et dysfonction érectile.

Une équipe portugaise examinait les essais cliniques proposant un programme d’AP incluant des hommes avec un diagnostic de dysfonction érectile3(accès libre). Un groupe de chercheurs suédois et danois4 a réalisé une revue de la littérature sur la question suivante : quelles sont les recommandations d’activité physique associées à une diminution de la dysfonction érectile chez des hommes inactifs, et ou hypertendus, avec un syndrome métabolique ou un trouble cardiovasculaire avéré.

Quel effet de l’AP sur la dysfonction érectile ?

  • 7 études réalisées sur 3 continents différents ont été identifiées, 478 participants.
  • 3/4 n’étaient pas supervisées, 2/7 groupes contrôles avaient un traitement pharmacologique dédié
  • risque de biais méthodologique modéré à élevé
  • amélioration générale du score d’IIDE de 3.8 points, pas de différence d’efficacité entre les programmes inférieurs ou supérieurs à 6 mois

Quelles sont les recommandations d’activité physique ?

  • 10 études identifiées
  • risque de biais méthodologique modéré à élevé
  • AP aérobie d’intensité modérée à élevée, individualisée selon les préférences des participants
  • Séances supervisées de 40 minutes, 4/semaines durant 6 mois

Avis

Le niveau de preuve des bénéfices de l’AP sur cette question est modéré. Même si la taille de l’effet est intéressante, aucune étude n’a examiné explicitement la modification du diagnostic évalué en aveugle. De plus, les tailles des échantillons sont relativement modestes. Je pense qu’en revanche les professionnels de santé pourraient souligner les possibles bénéfices.

Affaire à suivre

1 McCabe MP, Sharlip ID, Atalla E, et al. Definitions of Sexual Dysfunctions in Women and Men: A Consensus Statement From the Fourth International Consultation on Sexual Medicine 2015. Journal of Sexual Medicine 2016; 13: 135–43.

2 Colson MH, Cuzin B, Faix A, Grellet L, Huyghes E. La dysfonction érectile, une présence active.https://www.em-consulte.com/en/article/1198582.

3 Silva AB, Sousa N, Azevedo LF, Martins C. Physical activity and exercise for erectile dysfunction: systematic review and meta-analysis. British Journal of Sports Medicine 2017; 51: 1419–24.

4 Gerbild H, Larsen CM, Graugaard C, Areskoug Josefsson K. Physical Activity to Improve Erectile Function: A Systematic Review of Intervention Studies. Sexual Medicine 2018; 6: 75–89.

 

Le vidal du sport est-il dangereux pour les patients et les médecins généralistes ?

04/12/2018

Voici ce que l’on peut lire sur le site du VIDAL : « Le 3 décembre 2018, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) a présenté la 3e et nouvelle édition du MédicoSport-Santé (MSS), son dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives enrichi de nouvelles disciplines et de nouveaux contenus synthétiques, et concernant un champ élargi de pathologies. »vidal

« Le MÉDICOSPORT-SANTÉ© est un dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives. Validé par la commission médicale du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) en coopération étroite avec la Société Française de Médecine de l’Exercice et du Sport (SFMES), il recense les caractéristiques physiques, physiologiques et mentales de chaque discipline ainsi que les conditions de pratique dans le cadre du sport-santé. Il vise à aider les médecins généralistes à la prescription d’activités physiques et sportives. Chaque protocole fédéral présenté dans le MÉDICOSPORT-SANTÉ a été validé par le comité médicosport-santé du CNOSF composé d’experts médicaux, kinésithérapeutes et en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). »

L’usage répété du mot VALIDÉ apparaît très intéressant. Qu’est-ce que la validation d’une pratique sportive pour un trouble ou un symptôme spécifique ? On laissera le lecteur ou le médecin apprécier. Si ce n’était pas dangereux, nous pourrions en rire, mais comment laisser les fédérations sportives donner des périmètres médicaux et des (contre) recommandations pour certaines pathologies. Le processus de création de ces fiches est totalement opaque. Celles-ci sont crées par des médecins en partie liés aux fédérations et des membres de chaque fédération impliquée. Que dirions-nous si les traitements pharmacologiques inscrits et recommandés dans l’autre VIDAL seraient uniquement de la responsabilité des laboratoires pharmacologiques ?

Examinons le premier, l’aviron. Les « bénéfices potentiels » semblent vraiment importants pour de nombreuses composantes de la santé. Examinons, maintenant les bases scientifiques fournies de ces recommandations. Deux thèses de médecine inaccessibles et un protocole qui ne l’est pas, lui non plus. Le titre d’une des thèses nous apprend au passage que 18 participants touchés par un cancer semblent avoir été inclus pour un programme de rameur. Un étudiant en Licence n’oserait même pas rédiger un document de ce type.

Si vous continuez l’exploration, vous trouverez des disciplines qui n’ont même pas fait l’effort de proposer un document référence. Le char à voile ? Ils ont un protocole d’accueil des seniors (ouf, nous sommes rassurés). L’exploration de ce document en ligne est incroyable, on y découvre les bénéfices du curling ou du bobsleigh par exemple. Ce document fait aussi l’objet de critiques à propos des fausse-informations diffusées (merci AMF), ainsi on apprend par exemple que le rugby réduit le risque de récidive du cancer. Le Kayak a bien tenté de justifier ses bénéfices avec une longue liste de références (empruntée elle au bateau dragon), qu’on se rassure, le kayak diminue lui aussi la récidive de cancer (double ouf). Les experts du football sport-santé soulignent qu’il prévient les troubles du sommeil et réduit le stress et l’anxiété. C’est étrange, cela ne correspond pas au dernier article que j’ai lu sur le sujet (Friedrich & Mason, 2017).

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Ces quelques exemples soulignent que la valeur scientifique de ce VIDAL du Sport Santé est très discutable, réalisée dans un entre soi médecins du sport, fédérations sportives et quelques universitaires (5 de STAPS). Toutes ces activités sportives ne sont peut-être pas à jeter mais est-il possible de produire un document basé sur des faits scientifiques solides qui ne mettent pas les personnes qui ont besoin d’activité physique en danger. Mettre en avant certaines pratiques sportives pourrait être dangereux, diffuser de fausses informations l’est tout autant. Pour de nombreuses pratiques, les arguments sont faibles ou absents ou reposent sur des « protocoles » en cours. Poursuivons la comparaison, accepteriez-vous que l’on prescrive à une de vos proches un médicament testé chez 18 personnes ou que le médecin vous disent explicitement « cela devrait fonctionner, il y a un protocole en cours ».

Pour terminer : Les documents généraux mis à disposition du lecteur sont de qualité scientifique très inégale, allant de simples idées ou injonctions à un « réagencement de textes » préalablement publiés. La vision très médicale défendu par ces textes est incroyable, elle fait fi de connaissances multidisciplinaires sur la question de la promotion de l’activité physique chez des personnes en santé ou avec des besoins spécifiques.

Ce même article rappelle le « guide » de la HAS à propos de la Promotion, consultation et prescription médicale d’activité physique et sportive pour la santé chez les adultes, qui facilite la prescription. À noter au passage, que certains outils cliniques présentés en annexes sont discutables, voir non-valides. A titre d’exemple, on y présente que questionnaire de Marshall afin de repérer les patients inactifs. Ci-dessous, deux images représentant les deux outils l’un dans le guide de la HAS, l’autre dans l’article original.

La citation de Thoreau en exergue de ce blogue, n’a jamais été aussi utile ——- »»»»»»

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Friedrich, B., & Mason, O. J. (2017). “What is the score?” A review of football-based public mental health interventions. Journal of Public Mental Health, 16(4), 144–158. https://doi.org/10.1108/JPMH-03-2017-0011

 

Une seule séance d’activité physique pour améliorer les affects positifs ?

20/11/2018

A plusieurs reprises, des articles du blogue ont abordé la place importante des affects dans le domaine de l’activité physique. Comme par exemple le rôle prédicteur des affects positifs de la première séance d’AP d’un programme de plusieurs semaines. Dans le cadre d’un projet de recherche, il a fallu étayer l’effet d’amélioration des affects positifs d’une séance d’AP. Replongeons nous alors dans une méta-analyse de 2006 très citée dans le domaine de la psychologie de l’AP. v1.bjs1MzcwNTk7ajsxNzg3MTsxMjAwOzEwMjQ7NzY4Avant cela, il apparaît nécessaire de définir les affects : concept se référant à des ressentis accessibles consciemment et ne se référant pas nécessairement à un événement ou à un objet extérieur à l’individu. Ce sont des états mentaux non cognitifs et non réflexifs et constamment accessibles à la conscience de l’individu 1.

Reed & Ones (2006)2 avaient alors publié un travail de titan, rassemblant l’ensemble des études qui examinaient l’effet ‘instantané’ d’une séance d’AP aérobie sur les affects positifs. Ils réussirent à identifier plus de 150 études publiées entre 1979 et 2005, incluant au total plus 13000 participants . Au de là, de la quantité de travail produite, les auteurs ont exploré le rôle modérateur du temps d’évaluation, du niveau des affect initial, de l’intensité, la durée et la dose (intensité*temps) d’AP.

Pour inclure une étude, les investigateurs ne devaient pas manipuler les affects avant ou pendant la séance d’AP, et évaluer les affects positifs avec des outils qui mesuraient les affects dans le moment présent (ex : Positive and negative affect schedule). Pour le calcul des tailles d’effet, Reed & Ones ont examiné séparément les études avec et sans groupe contrôle. D’ailleurs les participants dans les groupes contrôle devaient la pluspart du temps lire un texte durant la même durée que les participants réalisant une séance d’AP.

Les analyses statistiques menées ont permis aux auteurs de conclure qu’une seule séance d’AP aérobie entraînait une amélioration significative des affects positifs avec une taille d’effet modérée (d = .47). Cet effet était encore plus marqué (d = .63) quand les participants avaient un faible niveau initial d’affect positif (loi de la valeur initiale). L’intensité de l’AP déterminait grandement l’amélioration des affects positifs. En effet, l’AP de faible intensité entraînait une amélioration quasiment deux fois plus élevée que l’AP d’intensité modérée ou élevée.

  • Aucune différence d’effet n’a été identifiée entre les différentes durées de séance : 7-15, 20-28, 30-35, 40-60 minutes.
  • Une relation dose inverse marquée a été identifiée. Autrement dit, les doses d’AP faibles ou modérées entraînaient de plus importantes améliorations d’affects et les très hautes doses détérioraient sévèrement les affects positifs.
  • A la suite de l’arrêt de l’exercice physique, il y a un patron général de diminution des affects, mais les résultats ne permettent pas de clairement identifier la cinétique à laquelle les affects positifs diminuent.

Comme souvent les faiblesses méthodologiques des études augmentent le risque de sur-évaluation des effets de l’AP. Les auteurs le soulignent à plusieurs reprises dans leur article.

Cette revue de littérature a de nombreux égards, fournit des résultats factuels pour promouvoir l’AP de faible intensité ou des doses faibles à modérées afin obtenir une amélioration des affects à court terme.

D’autres questions restent en suspend, comme les facteurs individuels ou contextuels qui entraînent de l’hétérogénéité dans les effets de l’AP, devrait-on mettre à mal les séances d’AP d’intensité élevée car elle produisent une diminustion drastique des affects positifs, d’autres types d’AP entrainent les mêmes effets, ce « feel-good » effect est-il aussi présent chez des personnes aux prises avec un trouble de l’humeur (ex :dépression, bipolarité) ?

 

1. Ekkekakis P. The Measurement of Affect, Mood, and Emotion: A Guide for Health-Behavioral Research. Cambridge University Press; 2013.

2. Reed J, Ones DS. The effect of acute aerobic exercise on positive activated affect: A meta-analysis. Psychology of Sport and Exercise. 2006;7(5):477-514. doi:10.1016/j.psychsport.2005.11.003

Activité physique et consommation de cannabis:que nous disent les études scientifiques ?

26/10/2018

La légalisation de l’usage du cannabis est effective au Canada depuis peu. Alors que connaît-on des liens entre l’activité physique et la consommation de cannabis ? Si on exclut la question de l’utilisation à des fins de dopage, les études longitudinales qui examinent les liens entre pratiques sportives à l’adolescence et consommation future à l’âge adulte ont des conclusions divergentes (Kwan, Bobko, Faulkner, Donnelly, & Cairney, 2014) : le sport est un facteur de risque, un facteur protecteur, absence de lien (Wichstrøm & Wichstrøm, 2009) ou encore cela pourrait être l’organisation/le type de pratique sportive qui pourrait expliquer l’association.

En revanche, la consommation festive ou récurrente est belle bien présente chez les sportifs (Rossi & Botrè, 2011), même s’il est difficile de donner des chiffres car les prévalences sont très inégales en fonction des pays et sports (Brisola‐Santos et al., 2016). À noter cependant, qu’il y a souvent beaucoup de dissimulations (ou désirabilité sociale) sur cette question chez les sportifs (sauf au Jiu-jistu ? – voir la vidéo ci-dessous). Thevis et al. ont interrogé des 964 étudiants en kinésiologie à ce propos. Bilan, aucun répondant déclarait une consommation, mais presque 10 % avait un test urinaire positif au THC (Thevis et al., 2008).

Dans une visée plus santé, une courte revue de la littérature évoque différentes hypothèses soulignant les potentiels bénéfices de l’activité physique pour les personnes ayant un trouble de l’usage (Gillman, Hutchison, & Bryan, 2015).

Nous avons précédemment présentés les premiers résultats sur la gestion des envies impérieuses (craving) de fumer du cannabis chez des dépendants mais aussi son potentiel rôle lors de l’arrêt. Cependant, une étude publiée ce mois-ci incluant des fumeurs quotidiens (pas nécessairement dépendant) n’identifiait pas d’effet de l’exercice physique sur l’envies impérieuse (Wilson, Collins, Prince, & Vincent, 2018). Une étude souligne qu’une seule session d’exercice physique aérobie libère le THC stocké dans les masses grasses dans le sang, ce qui pourrait être une des méchanisme des effets de l’activité physique sur les symptômes de manque (Wong et al., 2013).

Ce tour d’horizon de la littérature scientifique souligne un point : les liens entre activité physique et consommation de cannabis sont troubles. Nous avons besoin d’études sur le sujet.

 

  • Brisola‐Santos, M. B., Gallinaro, J. G. de M. e, Gil, F., Sampaio‐Junior, B., Marin, M. C. D., Andrade, A. G. de, … Castaldelli‐Maia, J. M. (2016). Prevalence and correlates of cannabis use among athletes—A systematic review. The American Journal on Addictions, 25(7), 518–528. https://doi.org/10.1111/ajad.12425
  • Gillman, A. S., Hutchison, K. E., & Bryan, A. D. (2015). Cannabis and Exercise Science: A Commentary on Existing Studies and Suggestions for Future Directions. Sports Medicine, 45(10), 1357–1363. https://doi.org/10.1007/s40279-015-0362-3
  • Kwan, M., Bobko, S., Faulkner, G., Donnelly, P., & Cairney, J. (2014). Sport participation and alcohol and illicit drug use in adolescents and young adults: A systematic review of longitudinal studies. Addictive Behaviors, 39(3), 497–506. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2013.11.006
  • Rossi, S. S., & Botrè, F. (2011). Prevalence of illicit drug use among the Italian athlete population with special attention on drugs of abuse: A 10-year review. Journal of Sports Sciences, 29(5), 471–476. https://doi.org/10.1080/02640414.2010.543915
  • Thevis, M., Sauer, M., Geyer, H., Sigmund, G., Mareck, U., & Schänzer, W. (2008). Determination of the prevalence of anabolic steroids, stimulants, and selected drugs subject to doping controls among elite sport students using analytical chemistry. Journal of Sports Sciences, 26(10), 1059–1065. https://doi.org/10.1080/02640410801910293
  • Wichstrøm, T., & Wichstrøm, L. (2009). Does sports participation during adolescence prevent later alcohol, tobacco and cannabis use? Addiction (Abingdon, England), 104(1), 138–149. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.2008.02422.x
  • Wilson, S. D., Collins, R. L., Prince, M. A., & Vincent, P. C. (2018). Effects of exercise on experimentally manipulated craving for cannabis: A preliminary study. Experimental and Clinical Psychopharmacology, 26(5), 456–466. https://doi.org/10.1037/pha0000200
  • Wong, A., Montebello, M. E., Norberg, M. M., Rooney, K., Lintzeris, N., Bruno, R., … McGregor, I. S. (2013). Exercise increases plasma THC concentrations in regular cannabis users. Drug and Alcohol Dependence, 133(2), 763–767. https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2013.07.031

 

Activité physique, dépression, santé mentale

01/10/2018

Voici un article qui est le fruit d’une riche discussion avec Marie-Claude Bourdon paru récemment sur le site d’Actualité UQAM. On y aborde la question de l’efficacité de l’exercice physique pour aider les personnes dépressives, la lutte contre la sédentarité, l’urbanisme, la promotion de l’activité physique et la comparaison thérapie cognitive et comportementale avec l’activité physique. N’hésitez pas à le partager.

Capture du 2018-10-01 09-00-45

Modes de transport pour aller au travail et santé mentale : lâchez le volant !

24/07/2018

Les bénéfices de l’activité physique sont nombreux. En revanche, la promotion de l’AP s’avère ardue car trop souvent la seule solution proposée reste l’activité physique de loisirs ou sportive. Ces types d’activités ne sont pas nécessairement attirantes pour de nombreuses personnes et ou peu accessibles.

BATMAN1-e1492115603236Une équipe de chercheur a analysé les données de la cohorte BIOBIANK, cohorte incluant des adultes âgés de 37-73 ans au Royaume-Uni. Ils s’intéressaient uniquement aux travailleurs ayant répondus aux questionnaires durant les deux périodes 2009-13 et 2014-16. Leur question de départ était relativement simple. Les changements d’habitude pour réaliser ses trajets domicile- travail réalisés (voiture, vélo, marche, transports en commun, seuls ou combinés) sont-ils associés à un moindre niveau de dépression plusieurs années plus tard ? Environ 5500 personnes étaient incluses dans l’étude, suivies en moyenne 4,5 ans.

Les personnes qui n’avaient pas de problème de dépression au premier temps de mesure et qui sont passés d’un mode de transport uniquement basé sur la voiture à un mode de transport autre que la voiture rapportaient un niveau de dépression plus faible au second temps de mesure. Ce résultat n’était pas influencé par la distance parcourue. En revanche, cette association n’était pas vérifiée chez les participants ayant un niveau de dépression élevé initialement.

L’étude repose uniquement sur des données auto-rapportées mais, à ma connaissance, c’est la première investigation longitudinale. On peut donc penser que cibler la réduction ou l’arrêt de l’utilisation de la voiture pourrait être bénéfique pour la santé mentale des travailleurs (même Batman). Bien entendu, ces résultats sont à prendre avec de la mesure car le choix des modes de déplacements sont très dépendants des transports publics, infrastructures et de la perception de sécurité. (voir ce précédent article par exemple).

Knott, C. S., Panter, J., Foley, L., & Ogilvie, D. (2018). Changes in the mode of travel to work and the severity of depressive symptoms: a longitudinal analysis of UK Biobank. Preventive Medicine, 112, 61–69. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2018.03.018

Retour sur l’assemblée générale et les 10 ans de la SFP-APA

19/06/2018

Le rendez-vous était fixé depuis longtemps, 16 juin Montpellier, assemblée générale de la Société Française des Professionnels en Activité Physique Adaptée (SFP-APA). Une bonne partie du conseil d’administration est présente, le bureau s’active de partout et les retrouvailles s’annoncent entre les anciens des précédents bureaux. Justement, on les apostrophe : «tu pensais que la SFP-APA allait devenir comme cela, continuer à se développer ? ». L’étonnement est partagé parmi les ex-présidents, secrétaires, trésoriers. «Cela ne pouvait qu’être mieux, les équipes qui venaient derrière nous était systématiquement armées, compétentes et déterminées ».

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Vient ensuite, le bilan moral du (futur ex-)président, certainement le meilleur moment de la journée. Comment rendre compte du travail « dissimulé » des membres du bureau en 15 minutes, des milliers de courriels, des heures de train, des rendez-vous au quatre coins de la France auprès d’instances officielles. Trois diapositives suffises pour révéler le chemin parcouru, et pour comprendre les forces et faiblesses de la SFP-APA. Le retour sur les engagements initiaux est orné du fameux « Banco » qui caractérise l’énergie et la réussite des objectifs atteints. Bien entendu, il y a eu des échecs, des projets que l’on aurait souhaité pouvoir mener. Le manque de bras, de nouvelles énergies en est souvent la résultante. Le président souligne que la SFP-APA est face aux défis d’augmenter la pérennisation des adhésions, d’améliorer le soutien aux membres hésitant à prendre des responsabilités et bien d’autres points qui seront certainement évoqués sur le site de l’association dans un futur proche. La présentation se poursuit par un bilan financier qui confirme les bases solides de la SFP-APA.

Vient ensuite l’élection du nouveau bureau, la quasi totalité du bureau est démissionnaire, et c’est la surprise pour une partie importante de l’assemblée. Les anciens membres du bureau se souviennent certainement de ce moment, un partage entre le sentiment d’avoir fait beaucoup, la crainte de ne pas avoir assez préparé la passation et la joie (simple) de voir le nombre de courriels quotidiens chuter drastiquement. Les postulants se présentent, forts de leurs expériences passées au sein du conseil d’administration. Les quelques mots qui suivent le vote, confortent l’assemblée. La SFP-APA poursuivra son travail de qualité et le nouveau bureau donnera une couleur propre aux projets à venir. Le verre qui clôture l’assemblée offre un autre moment de partage tandis que les membres échanges, classeurs, clés USB et quelques informations sur les projets urgents en cours.

Capture du 2018-06-19 07-49-56On pourrait croire que les festivités pour l’anniversaire des 10 ans entamées par la suite, ont laissé place uniquement aux échanges informels, impossible. Rassemblez des passionnés de l’APA et des professionnels qui portent cette vision, peu importe le lieu, l’heure tardive ou la puissance de la musique, les discussions à propos : des décrets, des projets d’APA menés ou à venir, d’une idée pour la SFP-APA, d’une personne à contacter pour développer l’APA dans tel domaine… seront inépuisables.

Impossible de conclure ce texte sans souligner le plaisir personnel à la vue de la première diapositive du rassemblement qui listait plus d’une cinquantaine de patronymes, des hommes et femmes ayant oeuvrés au sein des comités, bureau, commission de l’association. Fascinant de pouvoir se rappeler les visages et les dossiers d’une majorité d’entre eux. Si parmi les lecteurs du blogue, Enseignants APA, étudiants en fin de formation, universitaires certains se demandent comment faire avancer la profession, faîtes grossir cette liste pour que pour les 20 ans de la SFP-APA, trois diapositives ne suffisent pas.

Détour du blogue sur The Conversation

12/06/2018

Malades chroniques : l’activité physique et la psychothérapie, aussi efficaces pour préserver sa santé mentale

Bernard Paquito, Université du Québec à Montréal (UQAM)

indexLes personnes touchées par une maladie chronique, comme un diabète, une bronchopneumopathie chronique obstructive, une lombalgie ou un cancer, doivent affronter un quotidien parfois difficile. Celui-ci peut être source d’anxiété, ou entraîner une dépression.

Pour les aider à préserver leur santé mentale, différentes alternatives aux médicaments leur sont couramment proposées. Parmi celles-ci, des psychothérapies comme la thérapie cognitive et comportementale, ou encore du sport, dans une version adaptée à leur pathologie, qu’on qualifie « d’intervention d’activité physique ».

Notre équipe du département des sciences de l’activité physique, à l’Université du Québec à Montréal, en association avec l’université de Montpellier et l’université de Lyon, a décidé de vérifier si la combinaison des deux se soldait par une plus grande efficacité. L’analyse des articles scientifiques disponibles sur la question nous a permis de publier en mai une méta-analyse dans la revue Health Psychology. La conclusion est négative, incitant les patients à se tourner, au choix, vers la thérapie ou vers l’activité physique.

La maladie chronique, source possible d’anxiété

Les personnes touchées par une maladie chronique peuvent ressentir des

Capture du 2018-06-12 00-48-28

symptômes au quotidien. Vivre avec une maladie chronique, même si elle est bien traitée, peut entraîner des contraintes importantes et les complications ne peuvent pas toujours être évitées. Ces circonstances peuvent susciter de l’anxiété plus fréquemment ou plus intensément que chez d’autres personnes.

Parmi ces pathologies, certaines font naître des sensations de fatigue ou de douleurs accrues qui ont tendance à se répéter ou se prolonger – par exemple la lombalgie chronique. Elles peuvent aussi entraîner le déclin de la mobilité, de l’autonomie ou rendre un appareillage obligatoire. Ces difficultés peuvent être associées à des troubles dépressifs.

Pour les personnes malades chroniques comme pour tout un chacun, il n’y a pas de bonne santé sans une bonne santé mentale.

Des traitements non pharmacologiques

Il existe des traitements non pharmacologiques pour agir sur les symptômes affectant la santé mentale, comme les troubles anxio-dépressifs, les douleurs ou la fatigue. Deux types d’interventions en particulier ont fait l’objet d’un nombre élevé d’études cliniques : les thérapies cognitives et comportementales (TCC) et les interventions d’activité physique (AP).

Les thérapies cognitives et comportementales sont une famille de psychothérapie centrée sur la modification des pensées, des émotions et des comportements problématiques. Elle est généralement qualifiée comme étant active (c’est-à-dire demandant l’implication du patient), directive (le thérapeute propose différents exercices au patient), structurée (avec des étapes à franchir pour obtenir le résultat souhaité).

L’intervention d’activité physique, elle, consiste en des séances de marche, de danse ou encore d’entraînement sur un vélo fixe avec des critères précis d’exécution (concernant par exemple l’intensité de l’effort) et une adaptation aux besoins de la personne. Elle peut être supervisée par un professionnel qui encadre des sessions régulières durant plusieurs semaines. Mais elle peut aussi être conseillée par le thérapeute afin que la personne incorpore elle-même plus de moments actifs dans son quotidien. Ces deux approches peuvent même être utilisées conjointement.

Plusieurs méta-analyses, incluant des essais randomisés contrôlés offrant le plus haut niveau de preuve, ont exploré les effets respectifs de la TCC et de l’AP sur la santé mentale. Mais aucune n’a porté sur la combinaison des deux. Or des dispositifs proposant un suivi psychologique et de l’AP sont déjà proposés aux malades chroniques dans les hôpitaux de jour, les centres spécialisés ou les réseaux de santé. C’est pourquoi notre équipe a décidé de mener à bien ce travail.

Quels effets sur l’anxiété, la dépression, la fatigue et la douleur ?

Nous avons souhaité répondre à deux questions. D’abord, une intervention de TCC combinée à de l’AP entraîne-t-elle une diminution du niveau d’anxiété et de dépression, de fatigue et de douleur chez des adultes avec une maladie chronique ? Ensuite, les personnes malades chroniques retirent-elles plus de bénéfices à mener de front une TCC couplée à l’AP, ou bien une des deux interventions uniquement ?

Trente essais randomisés contrôlés portant sur la combinaison d’une TCC et d’une AP ont été identifiés, avec des participant·e·s majoritairement affecté·e·s par un syndrome de fatigue chronique, une lombalgie chronique, un cancer ou une bronchopneumopathie chronique obstructive.

L’analyse fine des interventions de TCC a suggéré une grande diversité dans les intervenants, qui pouvaient être une infirmière, un psychologue ou encore un travailleur social. Les modalités d’intervention étaient également variables : en groupe, en individuel, par téléphone.

Une importante diversité dans les programmes d’activité physique était aussi relevée. Ainsi, plus de la moitié des interventions incluaient de l’AP supervisée par un professionnel, par exemple un enseignant en activité physique adapté. Le type d’AP proposé incluait des efforts physiques liés à l’endurance cardio-vasculaire et/ou des exercices qui visent le gain de force musculaire.

Un bénéfice pour la santé mentale des malades chroniques

L’analyse statistique nous a permis de constater qu’une amélioration de la dépression, de l’anxiété, de la douleur et fatigue était bien présente en fin d’intervention, avec des tailles d’effet modérées à élevées. Autrement dit, oui la combinaison TCC et AP entraîne un bénéfice pour la santé mentale des malades chroniques.

En revanche, la comparaison des interventions couplant TCC et AP face à la TCC seule ou à l’AP seule ne montrait pas de différence notable dans les effets. On peut donc penser qu’il n’y a pas de bénéfice supplémentaire à mener de front une TCC et une intervention d’AP pour les malades chroniques.

Comment expliquer que la combinaison TCC et AP n’entraîne pas d’effet supérieur ? Une explication possible pourrait être que la TCC et l’AP agissent grâce à des facteurs communs. Plusieurs sont déjà connus. Il s’agit notamment de l’alliance thérapeutique, c’est-à-dire le désir de collaborer avec le soignant durant l’intervention, fondé sur des affects positifs. Jouent également les effets de l’apprentissage, par exemple le fait d’avoir l’impression d’être plus à l’aise physiquement au cours d’une intervention d’AP, ou encore des croyances envers une intervention, par exemple se dire « le sport c’est la pilule magique pour moi ». Ces facteurs sont d’ailleurs souvent mis en avant pour expliquer l’absence (ou les faibles) différences d’efficacité entre différents types de psychothérapies.

Laisser le choix à la personne en fonction de ses envies

Nos conclusions, cependant, trouvent certaines limites. Plusieurs interventions de TCC semblaient être plus « inspirées » de la TCC que réellement construites sur ses principes directeurs. Autrement dit, toutes les interventions présentées comme des TCC ne sont pas forcément aussi rigoureuses qu’attendu. Le manque de détails à ce sujet dans les articles scientifiques pose un problème récurrent de fiabilité au stade de l’analyse.

Cette première étape de notre projet de recherche permet d’établir un état des connaissances sur la combinaison de la TCC avec l’AP. Par la suite, des études mieux réalisées avec des comparaisons directes entre la combinaison TCC et AP et la TCC seule, puis entre la combinaison des deux et l’AP seule, devraient être menées.

The ConversationPour l’instant, faut-il proposer la TCC seule, l’AP seule, ou la combinaison des deux ? D’un point de vue clinique, les résultats suggèrent que la TCC combinée à l’AP entraîne des améliorations mais que celles-ci ne sont pas supérieures à chacune des interventions proposée seule. Il y a peut-être des profils de personnes aux prises avec une maladie chronique qui répondent mieux à une des trois options. En attendant que de nouvelles études permettent de le savoir, le choix pourrait donc être tout simplement laissé à la personne, en fonction de ses envies.

Bernard Paquito, Professeur adjoint, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

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